Biographie
Malouma : la griotte rebelle du désert mauritanien
Au cœur d’un mariage traditionnel mauritanien, tandis que les convives attendent sous les tentures du désert, une femme aux ongles clairs d’orangé s’apprête à prendre son ardin. Malouma n’est pas là pour chanter les louanges des puissants. Elle a choisi, dès seize ans, une musique qui dérange. De Mederdra aux scènes de Paris et New York, la « chanteuse du peuple » a passé quinze ans sous embargo culturel pour avoir osé dire que les griottes pouvaient être des voix de révolte1.
En bref
| Nom complet | Malouma mint Mokhtar Ould Meidah |
| Naissance | 1ᵉʳ octobre 1960, Mederdra, Mauritanie |
| Domaine | Musique mauritanienne, blues, pop, jazz |
| Instruments | Ardin (harpe maure féminine), voix |
| Surnom | La « chanteuse du peuple » |
| Distinctions | Chevalier de la Légion d’honneur (2013), Prix Mauritanian Woman of Courage (2015), BBC Radio 3 Awards for World Music (finaliste 2008) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1960 | Naissance à Mederdra, dans la région du Trarza |
| 1966 | Apprentissage de l’ardin, harpe traditionnelle réservée aux femmes |
| 1976 | Première scène à douze ans ; écriture de la première chanson engagée |
| 1986 | Retour sur scène après un mariage précoce, avec un répertoire révolutionnaire |
| 1998 | Premier album Desert of Eden, chez Shanachie Records |
| 2003 | Dunya, levée de la censure après une marche de 10 000 personnes |
| 2007 | Album Nour ; élection comme sénatrice mauritanienne |
| 2008 | Finaliste BBC Radio 3 Awards for World Music |
| 2013 | Chevalier de la Légion d’honneur |
| 2014 | Knou et création du festival de Mederdra |
| 2015 | Prix Mauritanian Woman of Courage par l’ambassadeur des États-Unis |
Origines griottes, éveil rebelle
Malouma naît en 1960, année de l’indépendance mauritanienne, dans le village de Charatt près de Mederdra. Son père, Mokhtar Ould Meidah, est un poète et joueur de tidinit — la petite guitare à trois cordes que les griots, ces historiens oraux de l’Afrique sahélienne, manipulent comme un sceptre. Sa mère appartient aussi à une lignée de musiciens. La fillette grandit bercée par Vivaldi, Bach, Oum Kalthoum et Abdel Halim Hafez, mais aussi par les vieux achwaar, ces poèmes que les griots transmettent depuis des siècles2.
Dès six ans, elle apprend l’ardin, une harpe angulaire à dix cordes jouée uniquement par les femmes. À douze ans, elle monte sur scène pour la première fois ; à quinze, elle donne déjà des concerts en solo. Mais les traditions la poussent vers un mariage qu’elle n’a pas choisi : elle renonce à la musique pendant plusieurs années3.
Révolution sonore et censure
Quand Malouma réapparaît sur les scènes mauritaniennes à la fin des années 1980, elle est une bombe. Elle fusionne le pentatonisme maure avec le blues, le jazz et l’électro, et ses paroles brisent tabous sur tabous : mariage forcé, racisme anti-Haratin, illettrisme, droits des femmes. Sa chanson “Habibi Habeytou” — écrite à seize ans et critiquant les maris qui chassent leurs épouses — déclenche un tollé. Des membres de la communauté conservatrice la menacent4.
Aux côtés de sa sœur Emienh et de son frère Arafat, elle aborde la pauvreté et les inégalités à la télévision. Son passage au Festival de Carthage en 1988 l’ouvre aux chaînes satellitaires arabes, mais lui vaut, à partir de 1991, un embargo culturel en Mauritanie5. La censure pèse pendant quinze ans.
Retour et engagement politique
En 2003, après une marche pacifique de dix mille personnes, la censure tombe. Malouma publie Dunya et Nour (2007), deux albums où l’ardin dialogue avec la guitare électrique, le djembé et le bendir6. Sa fusion mélodique est saluée en Europe.
Élue sénatrice en 2007, elle est la première griotte à entrer au Parlement mauritanien7. Ambassadrice de bonne volonté de l’UICN en 2011, elle cumule les distinctions. Knou (2014) — du nom d’une danse traditionnelle réservée aux femmes — marque son retour artistique après sept ans de politique. Elle crée le même année un festival dans les dunes de Mederdra pour préserver le patrimoine musical.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Desert of Eden | 1998 | Premier album international, bases de la fusion trad-mod |
| Dunya (La Vie) | 2003 | Post-censure : ardin, guitare électrique et dénonciation de l’esclavage |
| Nour (Lumière) | 2007 | Symphonie féminine, 14ᵉ des World Music Charts Europe |
| Knou | 2014 | Reggae et jazz au service des danses traditionnellement féminines |
Héritage
Malouma a transformé la fonction du griot : là où ses aïeux célébraient les princes, elle chante le peuple8. Elle a prouvé que la musique ancestrale mauritanienne pouvait dialoguer avec le blues sans se renier. Aujourd’hui, elle forme les jeunes, préserve l’ardin et le tidinit, et porte la Mauritanie sur toutes les scènes.
Sources et références
-
Wikipedia EN, Malouma, mis à jour le 2 septembre 2026, consulté le 31 octobre 2026, https://en.wikipedia.org/wiki/Malouma ↩︎
-
Christophe Châtelot, Malouma, diva rebelle, Le Monde, 14 juillet 2009, consulté le 31 octobre 2026, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2009/07/14/malouma-diva-rebelle_1218640_3212.html ↩︎
-
Jon Lusk, Malouma (Mauritania), BBC Radio 3 Awards for World Music, 2008, consulté le 31 octobre 2026, https://www.bbc.co.uk/radio3/worldmusic/a4wm2008/2008_malouma.shtml ↩︎
-
Wikipedia FR, Malouma, mis à jour le 4 octobre 2026, consulté le 31 octobre 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/Malouma ↩︎
-
Anne Berthod, Malouma, la diva contestataire de Nouakchott, Télérama, 28 avril 2014, consulté le 31 octobre 2026, http://www.telerama.fr/musique/malouma-la-diva-contestataire-de-nouakchott,111160.php ↩︎
-
Angel Romero, Artist Profiles: Malouma, World Music Central, 5 août 2016, consulté le 31 octobre 2026, https://worldmusiccentral.org/artist-profiles-malouma ↩︎
-
Ambassade des États-Unis en Mauritanie, Mauritanian Woman of Courage Award 2015, 20 janvier 2015, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎
-
Ministère des Affaires étrangères (France), Décoration Légion d’honneur Malouma, 2013, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎


