Biographie
Maria Alice : la voix cristalline du morna cap-verdien
La nuit tombe sur la plage de Santa Maria, sur l’île de Sal. Une adolescente de quatorze ans monte sur scène au Festival international de musique africaine, dans l’Algarve. Sa voix, douce et sans artifice, arrache un silence au public avant même le premier accord1. Quinze ans plus tard, cette voix claire se fait entendre dans les festivals de Montréal à Shanghai, tout en restant fidèle à la morna — ce chant mélancolique du Cap-Vert qui porte en lui la saudade, ce profond regret né de l’éloignement.
En bref
| Nom complet | Maria Alice de Fátima Rocha Silva |
| Naissance | 23 octobre 1961, île de Sal, Cap-Vert |
| Domaine | Morna, coladeira |
| Œuvres emblématiques | Ilha d’Sal, D’Zemcontre, Tocatina |
| Distinctions | Médaille du mérite du Gouvernement de Praia (2017) |
| Influences | Cesária Évora |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1961 | Naissance sur l’île de Sal, au Cap-Vert |
| 1975 | Premiers pas sur scène à 14 ans, en serões familiaux |
| 1981 | Installation à Lisbonne, collaboration avec la diaspora |
| 1994 | Premier album, Ilha d’Sal |
| 1996 | D’Zemcontre, avec les meilleurs musiciens cap-verdiens |
| 2001 | Tournée Cesária Évora and Friends en Europe et Chine |
| 2002 | Lágrima e Súplica |
| 2008 | Tocatina, retour après huit ans d’absence |
| 2017 | Médaille du mérite du Gouvernement de Praia |
De l’île de Sal aux scènes de Lisbonne
Maria Alice de Fátima Rocha Silva naît le 23 octobre 1961 sur l’île de Sal2. Cette petite île désertique du Cap-Vert abrite l’aéroport international des îles — carrefour naturel entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique. La jeune Maria Alice grandit au rythme des serões, ces soirées musicales familiales où se transmettent les mornas et les coladeras. À quatorze ans, elle commence à chanter en public, se produisant dans des concours de nouveaux talents. Sa voix douce attire les musiciens de passage.
En 1981, elle s’installe à Lisbonne. Dès son arrivée, elle collabore avec les musiciens cap-verdiens installés au Portugal et devient une présence régulière aux Ritz Club et au B.Leza, deux salles mythiques de la scène de la diaspora lusophone3. Sa voix cristalline, sensuelle et intense, ne tarde pas à lui valoir d’être comparée à la légendaire Cesária Évora. Maria Alice cultive son propre style, mêlant swing et sensibilité.
Révélation et gloire internationale
Le premier album, Ilha d’Sal, paraît en 1994 et fait sensation4. Suivi deux ans plus tard par D’Zemcontre, enregistré à Lisbonne avec les meilleurs musiciens de l’archipel — Armando Tito, Manuel Pris, Nandinho. Cet opus pose les fondations esthétiques du parcours de Maria Alice : un modèle acoustique, une préférence pour les jeunes auteurs et musiciens cap-verdiens, Ramiro Mendes, Jorge Humberto, Luís Lima.
Pendant les années 1990 et 2000, Maria Alice sillonne le monde. Elle se produit à l’Expo 94 de Séville, à l’Expo 98 de Lisbonne, au Festival de jazz de Montréal, au festival de Santa Maria, à Shanghai, à Moscou. Elle intègre la tournée Cesária Évora and Friends qui la mène en Angleterre, en Suisse, en Suède, en Allemagne et en France, enregistrée en live à Paris5. Elle participe au projet Women of Cape Verde aux côtés de Lura et Nancy Vieira, et enregistre sur des compilations de prestige comme The Rough Guide to the Music of Cape Verde, où sa morna Falso Testemunho figure aux côtés d’Évora.
En 2001, en tournée avec Cesária Évora, celle-ci l’invite — avec Lura et Ildo Lobo — à découvrir de nouveaux horizons : « Elle nous a ouvert une fenêtre », dira-t-elle à Lusa6. Maria Alice réfléchit profondément sur la mondialisation de la musique cap-verdienne : « La morna, on la chante en créole et en portugais. C’est l’âme cap-verdienne. »
Dix ans d’attente et reconnaissance
Son quatrième album, Tocatina, sort en 20087. Il marque un retour après huit années d’absence des studios et des scènes. Projet dédié à son père, il ne contient que des mornas — l’album de ses rêves, qu’elle confiait à Lusa : « J’ai longtemps voulu graver un album de mornas. Mon producteur, Humberto Ramos, m’a dit d’y aller et Tocatina est né. »
En 2017, le Gouvernement de Praia lui décerne la Médaille du mérite, reconnaissance officielle pour une carrière qui a porté la morna et la coladeira aux quatre coins du globe7.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Ilha d’Sal | 1994 | Premier album ; consacre une voix jeune et authentique du Cap-Vert |
| D’Zemcontre | 1996 | Point de départ esthétique : acoustique, collaboration avec les meilleurs |
| Lágrima e Súplica | 2002 | Approfondissement des thèmes de la peine, du regret et de la résilience |
| Tocatina | 2008 | Retour après huit ans ; hymne à la morna pure |
Héritage
Maria Alice est l’une de ces voix qui ont fait traverser les océans à la musique du Cap-Vert sans la dénaturer2. Sa morna porte l’empreinte d’une île — celle de Sal, terre de passage — et la ténacité d’une femme qui a su, sans jamais se répéter, faire de la saudade une musique universelle. Elle a marché sur les pas de Cesária Évora, mais a tracé un chemin qui lui est propre : un style où le cavaquinho, le violon et la viola de dez cordes dialoguent avec la fragilité d’un chant qui montre que la morna continue de vivre, portée par de jeunes compositeurs comme Jon Luz.
Sources et références
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AllMusic, Maria Alice — Biography par Craig Harris, consulté en 2026. ↩︎
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Wikipédia (pt), Maria Alice (cantora caboverdiana), 2017. ↩︎ ↩︎
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Wikipédia (es), Maria Alice, mise à jour 2020. ↩︎
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Caboverde-info, Maria Alice par l’équipe éditoriale, consulté en 2026. ↩︎
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Liveroofs, critique sur Maria Alice, consulté en 2026. ↩︎
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Lusa / Diário Digital, Cabo-verdiana Maria Alice apresenta Tocatina, entretien Lusa, octobre 2008. ↩︎
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RDP — Rádio e Televisão de Portugal, Governo de Cabo Verde condecora em Lisboa sete personalidades das artes, 2017. ↩︎ ↩︎




