Biographie

Mayaula Mayoni : du terrain de football a la rumba congolaise

En janvier 2004, à Dar es Salaam, le compositeur Freddy Mayaula Mayoni perd le côté droit de son corps. Une attaque cérébrale frappe un homme qui, à cinquante-sept ans, avait déjà vécu deux vies — celle de footballeur international zaïrois et celle de l’un des auteurs les plus prolifiques de la rumba congolaise. Il s’éteint à Bruxelles le 26 mai 2010, laissant un catalogue de chansons qui ont façonné la sonorité du Zaïre des années 1970 à 19901.

En bref

Nom complet Freddy Mayaula Mayoni
Naissance 6 novembre 1946, Léopoldville (Kinshasa)
Décès 26 mai 2010, Bruxelles, Belgique
Genre Soukous, rumba congolaise
Instruments Guitare rythmique, chant
Structures TPOK Jazz, Mamaki, Africana

Dates clés

Année Événement
1946 Naissance à Léopoldville, quartier Kalamu
1962 Diplôme d’enseignant au Collège de Kisantu
1968-1971 Ailier gauche à l’AS Vita Club et équipe nationale des Léopards
1973-1975 Études à Charleroi ; apprentissage de la guitare ; membre d’Africana
1975 Retour à Kinshasa ; entrée au TPOK Jazz de Franco
1976 Bondowe II ; premier prix de compositeur de l’année
1977 Co-fondation du trio Mamaki
1979 Nabali misère, tube continental ; 3e prix compositeur
1981-1984 Période africaine (Togo, Côte d’Ivoire, Kenya) ; albums Disc-Orient
1985 Installation en Europe ; carrière solo
1992 L’Amour au Kilo, album classique du soukous
2004 Attaque cérébrale à Dar es Salaam — hémiplégie
2010 Décès à Bruxelles

De la pelouse au micro

Freddy Mayaula Mayoni grandit au quartier de Kalamu, à Léopoldville (Kinshasa), dans une famille dont le père est fonctionnaire diplomatique. Il décroche en 1962 un diplôme d’enseignant au Collège de Kisantu, mais sa passion réelle est le football. Entre 1967 et 1971, il s’impose comme ailier gauche de l’AS Vita Club. Son talent de dribbleur lui vaut une sélection en équipe nationale, les Léopards, en 1968. Sa carrière sportive s’achève lorsqu’il suit son père en Tanzanie pendant une affectation diplomatique à Dar es Salaam, puis s’installe en Belgique pour des études d’informatique à Charleroi. C’est là qu’un camarade lui prête une guitare, et Mayaula apprend en autodidacte avant de rejoindre Africana, un orchestre d’étudiants congolais. De retour à Kinshasa en 1975, il sollicite Franco Luambo Makiadi, son ancien président de club à l’AS Vita, et entre au TPOK Jazz1.

Les années fastes

Sa première composition, Chérie Bondowe (1975), narre la vie d’une prostituée vue de l’intérieur. La Commission nationale de censure interdit le titre, accusé de favoriser la prostitution. Mais l’interdiction fait paradoxalement son affaire : Franco et le TPOK Jazz réenregistrent la chanson à Bruxelles sous le nom Bondowe II, qui devient un tube planétaire. Le titre entre dans le lexique zaïrois, l’expression Kobala Misère désignant dorénavant l’idée d’avoir épousé un mari malheureux1.

Entre 1975 et 1980, Mayaula s’affirme comme l’une des plumes les plus fécondes de la scène congolaise. Il compose Ndaya pour M’Pongo Love en 1976, Momie pour le TPOK Jazz, et co-fonde le trio Mamaki avec Youlou Mabiala et Josky Kiambukuta en 1977. En 1979, Nabali misère connaît un retentissement continental immense. La même année, il obtient un nouveau prix de compositeur de l’année2.

En 1981, Mayaula entreprend une période africaine au Togo, en Côte d’Ivoire et au Kenya, où il enregistre plusieurs albums pour le label Disc-Orient de Gérard Akueson. Après son installation définitive en Europe, il revient à Kinshasa et sort Fiona-Fiona (1987), Mizélé (1990) et surtout L’Amour au Kilo (1992), considéré comme son chef-d’œuvre. L’album produit les tubes Ousmane Bakayoko et Doudou a Mwen, salué dans Kinshasa, Brazzaville et Paris3.

Les années difficiles et l’héritage

En janvier 2004, à Dar es Salaam, une attaque cérébrale le laisse hémiplégique. Rapatrié à Kinshasa en 2005, il ne bénéficie ni du soutien de la profession musicale ni des redevances qui auraient dû le protéger. Sa famille sollicite en vain les ministères compétents pour obtenir une prise en charge médicale en Europe. Ce n’est qu’en 2007, grâce au réseau de l’association Artiste en danger, que Mayaula peut enfin se rendre à Bruxelles pour un traitement4.

Sa nièce Elfia Elesse œuvre depuis à la transmission de son œuvre. En 2026, les chansons de Mayaula font l’objet d’un projet pédagogique à l’Institut des arts du spectacle de Kinshasa, destiné aux jeunes musiciens5.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Bondowe II 1976 Premier tube, censuré puis planétaire ; lance la carrière
Ndaya 1976 Devenu hymne, interprété par M’Pongo Love
Nabali misère 1979 Tube continental ; expression entrée dans le lexique zaïrois
Mamaki 1977 Trio légendaire avec Youlou Mabiala et Josky Kiambukuta
L’Amour au Kilo 1992 Chef-d’œuvre du soukous ; album phare de sa carrière solo
Ousmane Bakayoko 1992 Quatrième prix de compositeur ; classique du répertoire

Héritage

Mayaula Mayoni n’a jamais été un chanteur de scène ni membre permanent du TPOK Jazz, mais il a construit l’une des discographies les plus riches de la rumba congolaise6. Son histoire reste celle d’un autodidacte — un footballeur qui a pris une guitare en Belgique et en a fait un instrument de légende. Le titre Nabali misère n’est plus seulement une chanson : c’est une expression populaire, un héritage vivant que les jeunes musiciens de Kinshasa s’apprêtent à transmettre.

Sources et références


  1. AfricOriginal (World Music Network), Freddy Mayaula Mayoni 1946-2010, mai 2012 ↩︎ ↩︎ ↩︎

  2. Wikipédia (FR), Mayaula Mayoni, consulté le 15 novembre 2026 ↩︎

  3. Gary Stewart, Rumba on the River, World Music Network ↩︎

  4. Radio Okapi, Freddy Mayaula s’est éteint à Bruxelles, 28 mai 2010 ↩︎

  5. ACP (Agence d’Information d’Afrique Centrale), RDC : des oeuvres de Mayaula Mayoni au coeur d’un projet d’education artistique, 26 mai 2026 ↩︎

  6. Univers Rumba Congolaise, biographie de Freddy Mayaula, 10 juillet 2012 ↩︎