Biographie
Miriam Makeba : la voix qui a fait trembler l’apartheid
Le 9 novembre 2008, sur une scène de Castel Volturno, en Italie, Miriam Makeba termine “Pata Pata”. La chanteuse de 76 ans s’évanouit en descendant du plateau. Emportée par un arrêt cardiaque, elle rend l’âme au moment même où elle continue de faire ce qu’elle aimait le plus : chanter. « Je chanterai jusqu’au dernier jour de ma vie », disait-elle. Ce jour-là, ce fut le dernier.
En bref
| Nom complet | Zenzile Miriam Makeba |
| Surnom | « Mama Africa » |
| Naissance | 4 mars 1932, Johannesburg, Afrique du Sud |
| Décès | 9 novembre 2008, Castel Volturno, Italie |
| Domaine | Afropop, ethno-jazz, world music |
| Œuvres emblématiques | “Pata Pata”, “The Click Song”, An Evening with Belafonte/Makeba |
| Distinctions | Grammy Award 1966, FAO Ambassadrice de bonne volonté (1999), Prix Polar Music (2002) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1932 | Naissance à Johannesburg |
| 1953 | Premier succès avec les Manhattan Brothers, “Lakutshn, Ilanga” |
| 1959 | Film anti-apartheid Come Back, Africa ; rencontre Harry Belafonte à Londres |
| 1960 | Passeport annulé ; exil de 31 ans |
| 1963 | Témoignage à l’ONU contre l’apartheid |
| 1965 | Grammy Award pour An Evening with Belafonte/Makeba |
| 1968 | Mariage avec Stokely Carmichael ; exil en Guinée |
| 1990 | Retour en Afrique du Sud sur invitation de Mandela |
De l’enfance à la tribune des Nations
Zenzile Miriam Makeba naît le 4 mars 1932 dans le township noir de Johannesburg. Son père Caswell, d’origine xhosa, est instituteur ; sa mère Christina, d’origine swazi, est ouvrière domestique. Prénommée « Zenzi » — qui en xhosa signifie « tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même » — la fillette passe ses six premiers mois en prison avec sa mère, arrêtée pour fabrication illégale de bière traditionnelle. Son père meurt quand elle a six ans. Makeba quitte l’école pour subvenir aux besoins de la famille, travaillant comme femme de ménage puis blanchisseuse.
Sa vocation musicale se révèle tôt. Enfant, elle chante dans les chœurs d’église en xhosa, en zoulou, en sotho et en anglais. « J’ai appris à chanter en anglais avant de savoir parler la langue », dira-t-elle. À vingt ans, elle intègre les Cuban Brothers, puis les Manhattan Brothers, formation de jazz où elle est la seule femme. Son rôle dans Come Back, Africa, documentaire anti-apartheid de Lionel Rogosin, ouvre les portes de l’international en 1959. À Londres, elle rencontre Harry Belafonte, qui devient son mentor et la parraine aux États-Unis.
En 1960, le régime apartheid annule son passeport alors qu’elle est en tournée. « Je ne comprends pas pourquoi je ne pouvais pas rentrer chez moi. Je n’ai commis aucun crime », dit-elle en 1990, lors de son retour triomphal. S’ensuit un exil de trente et un ans. Makeba monte à la tribune du Comité contre l’apartheid des Nations unies en 1963 : « Je m’adresse à vous, chefs du monde : agiriez-vous différemment ? » Ses disques sont interdits en Afrique du Sud, elle est déchue de sa nationalité.
En 1965, avec Belafonte, elle remporte le Grammy Award du meilleur enregistrement folk pour An Evening with Belafonte/Makeba, album mêlant chants traditionnels et protestation — le titre « Ndodemnyama we Verwoerd » (soit « Attention, Verwoerd ») vise directement le Premier ministre sud-africain. Makeba devient la première artiste africaine à recevoir un Grammy. En 1967, “Pata Pata” explose à l’international, se classant dans le Top 10 américain. Ce titre dansé, qu’elle a écrit en 1956, utilise les clics de la langue xhosa que le public occidental découvre grâce à elle.
Sa vie personnelle est tourmentée. Mariée au musicien Hugh Masekela de 1964 à 1966, puis à Stokely Carmichael en 1968, dirigeant du mouvement Black Power, elle devient indésirable aux États-Unis et s’exile en Guinée pour dix ans. Malgré la mort de sa fille Bongi en 1985 et les problèmes de santé, Makeba continue. Elle chante avec Paul Simon à Graceland en 1987, rentre en Afrique du Sud sur invitation de Mandela en 1990, et milite pour les causes humanitaires jusqu’à sa dernière minute.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| An Evening with Belafonte/Makeba | 1965 | Premier Grammy africain ; chants traditionnels et protestation |
| “Pata Pata” | 1967 | Tube mondial ; premier titre africain dans le Top 10 |
| Eyes on Tomorrow | 1991 | Collaboration avec Dizzy Gillespie et Nina Simone |
| Homeland | 2000 | Nomination Grammy ; autobiographie politique |
Héritage et influence
Miriam Makeba a ouvert la voie à des générations de musiciens africains. En imposant les langues xhosa et zoulou sur les scènes internationales, elle a montré que la musique africaine pouvait conquérir le monde sans se Westerniser. Son empreinte se retrouve chez Angélique Kidjo, qui lui rend hommage à Carnegie Hall en 2014, et chez Jain, qui lui a dédié une chanson. Nelson Mandela l’a qualifiée de « première dame de la chanson sud-africaine » et de « mère de notre lutte ». Le Prix international Miriam Makeba, créé en 2018, continue de promouvoir l’art africain.
Sources et références
- « Zenzile Miriam Makeba », Wikipédia en anglais, https://en.wikipedia.org/wiki/Miriam_Makeba, consulté le 21 octobre 2026.
- « Miriam Makeba », Wikipédia en français, https://fr.wikipedia.org/wiki/Miriam_Makeba, consulté le 21 octobre 2026.
- Britannica, « Miriam Makeba — Biography, Songs, & Facts », https://britannica.com/biography/Miriam-Makeba, consulté le 21 octobre 2026.
- Alan Cowell, « Miriam Makeba, 76, Singer and Activist, Dies », The New York Times, https://www.nytimes.com/2008/11/11/world/africa/11makeba.html, consulté le 21 octobre 2026.
- « South African singer Miriam Makeba dies at 76 », CBC News, https://www.cbc.ca/news/entertainment/south-african-singer-miriam-makeba-dies-at-76-1.706418, consulté le 21 octobre 2026.
- « Miriam Makeba Grammy Awards and Nominations », Grammy.com, https://www.grammy.com/artists/miriam-makeba/4292/, consulté le 21 octobre 2026.
- « Miriam Makeba Discography », World Music Central, https://worldmusiccentral.org/artist-profiles-miriam-makeba/, consulté le 21 octobre 2026.
- « Miriam Makeba (March 4, 1932 — November 9, 2008) », National Archives, https://www.archives.gov/research/african-americans/individuals/miriam-makeba, consulté le 21 octobre 2026.
- « Remembering Miriam Makeba, ‘Mama Africa’ » (Transcription NPR, interview Farai Chideya, 2006), https://www.nhpr.org/2008-11-10/remembering-miriam-makeba-mama-africa, consulté le 21 octobre 2026.
- Sean Barlow, Banning Eyre, Jack Vartoogian, Afropop!: An Illustrated Guide to Contemporary African Music, Chartwell Books, 1995.


































































