Mulatu Astatke

Mulatu Astatke

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Biographie

Mulatu Astatke : l’homme qui a inventé l’Ethio-jazz

En 1973, la formation de Duke Ellington se produit à Addis-Abeba sous l’égide du Département d’État américain. Sur scène, le grand bandleader américain partage l’affiche avec un musicien éthiopien au vibraphone — Mulatu Astatke, venu de Boston et de New York, qui ce soir-là réunit jazz américain et pentatoniques éthiopiennes devant l’empereur Haïlé Selassié.

En bref

Nom complet Mulatu Astatke
Naissance 19 décembre 1943, Jimma, Empire éthiopien
Domaine Musicien, compositeur, arrangeur — Ethio-jazz
Instruments Vibraphone, congas, percussions, claviers, orgue
Œuvres emblématiques Mulatu of Ethiopia, Yekatit Ethio-Jazz, Sketches of Ethiopia
Distinctions Grammy, doctorat honorifique du Berklee (2012), Ordre des Arts et des Lettres (France, 2019)

Dates clés

Année Événement
1943 Naissance à Jimma, Éthiopie
1959 Départ pour le Pays de Galles ; Lindisfarne College
1961 Trinity College of Music, Londres
1963 Berklee College of Music, Boston ; premier Africain
1966 Afro-Latin Soul à New York
1969 Retour à Addis-Abeba ; naissance de l’Ethio-jazz
1974 Yekatit Ethio-Jazz
1998 Réédition via la série Éthiopiques (Buda Musique)
2005 Titres dans Broken Flowers de Jim Jarmusch
2009 Collaboration avec The Heliocentrics
2012 Doctorat honorifique du Berklee
2013 Sketches of Ethiopia (Jazz Village)
2019 Ordre des Arts et des Lettres (France)
2025 Mulatu Plays Mulatu et tournée d’adieu

De Londres à Boston, la découverte du vibraphone

Mulatu Astatke naît le 19 décembre 1943 à Jimma, ville marchande du sud-ouest de l’Éthiopie, dans une famille chrétienne amhara aisée. Envoyé au pays de Galles à seize ans pour y étudier l’ingénierie aéronautique, il se laisse séduire par la musique. Il intègre Lindisfarne College près de Wrexham, puis Bangor University, et enfin le Trinity College of Music à Londres, où il apprend le piano, la clarinette et l’harmonie. Dès cette époque, il arpente les clubs de Soho, côtoyant le saxophoniste Joe Harriott et le percussionniste Frank Holder, et travaille avec l’orchestre d’Edmundo Ros.

En 1963, Mulatu traverse l’Atlantique et intègre le Berklee College of Music à Boston, dont il devient le premier étudiant africain. Il y étudie le vibraphone et la percussion. À Boston et à New York, il absorbe le jazz, le Latin jazz et le boogaloo, et forme son premier groupe aux côtés de musiciens porto-ricains. En 1966, il enregistre Afro-Latin Soul vol. 1 et 2 : le vibraphone de Mulatu, des congas cubaines, des pianos, des rythmes latino-américains.

Du vibraphone au Derg : un son nouveau et un temps d’oubli

De retour à Addis-Abeba en 1969, Mulatu découvre une capitale en effervescence. Il y fusionne les pentatoniques éthiopiennes — ces modes à cinq notes de la musique liturgique copte — aux harmonies occidentales et aux rythmes latinos, et baptise ce son nouveau : Ethio-jazz. Il introduit le vibraphone et la conga dans la musique populaire éthiopienne.

Son talent d’arrangeur attire Amha Eshete, qui fonde Amha Records, le premier label indépendant du pays. Mulatu enregistre de nombreux instrumentaux — souvent en faces B de disques vocaux — et collabore avec les plus grandes voix éthiopiennes, dont Mahmoud Ahmed. En 1972, il retourne à New York pour y enregistrer Mulatu of Ethiopia. Yekatit Ethio-Jazz (1974) est le premier album éthiopien conçu comme une œuvre unique. En 1973, il se produit aux côtés de Duke Ellington lors d’un concert au palais impérial.

La prise de pouvoir du Derg en 1974 plonge le pays dans une dictature marxiste et ferme les clubs. Mulatu enseigne la musique et joue avec Hailu Mergia et le Walias Band sur l’album Tche Belew (1977). Il visite La Havane, où il étudie les musiques latines sur le vif. Au début des années 1990, des collectionneurs de vinyles américains et européens fouillent les vide-greniers pour dénicher ses disques. Le producteur français Francis Falceto retrouve Amha Eshete et sauve les bandes masters. En 1998, Buda Musique publie la série Éthiopiques : le volume 4, dédié à Mulatu, le fait découvrir au monde. En 2005, Jim Jarmusch intègre quatre de ses titres dans Broken Flowers. Ses enregistrements sont samplés par Nas, Damian Marley, Kanye West, Madlib et Cut Chemist.

Mulatu multiplie les collaborations internationales : The Heliocentrics (2009), Either/Orchestra, le Black Jesus Experience (2016). Il fonde une école de musique et le club African Jazz Village à Addis-Abeba, reçoit un doctorat honorifique du Berklee (2012), puis l’Ordre des Arts et des Lettres en 2019. En 2025, à 81 ans, il annonce une tournée d’adieu et publie Mulatu Plays Mulatu, un retour aux sources revisité aux instruments traditionnels éthiopiens — krar, masenqo, begena.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Afro-Latin Soul (vol. 1 & 2) 1966 Premiers enregistrements, fusion naissante du jazz latino et des rythmes caraïbes
Mulatu of Ethiopia 1972 Premier album solo enregistré à New York ; le vibraphone en pilote
Yekatit Ethio-Jazz 1974 Premier album éthiopien conçu comme œuvre unique ; ethio-jazz pleinement abouti
Sketches of Ethiopia 2013 Renaissance contemporaine ; pont entre scène internationale et racines éthiopiennes

Héritage et influence

L’Ethio-jazz de Mulatu Astatke est devenu un genre reconnu mondialement, samplé par les producteurs de hip-hop et étudié dans les conservatoires. Au-delà du succès d’estime, il plaide pour la reconnaissance des musiciens tribaux — qu’il nomme les « bush people » — et soutient que son devoir d’Africain est de rendre l’honneur aux génies du continent. Avec lui, l’Éthiopie n’est plus un nom mystérieux sur une jaquette de vinyle réédité ; c’est un pays dont la musique a changé la donne.

Sources et références

  1. « Mulatu Astatke », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Mulatu_Astatke, consulté le 19 octobre 2026.
  2. « Mulatu Astatke: the man who created ‘Ethio jazz’ », The Guardian, https://www.theguardian.com/music/2014/sep/05/mulatu-astatke-man-created-ethiopian-jazz, consulté le 19 octobre 2026.
  3. « ‘Give respect to Africa and the bush people’: Mulatu Astatke on pioneering Ethio-jazz and honouring his roots », The Guardian, https://www.theguardian.com/music/2026/jul/30/ethio-jazz-mulatu-astatke-interview-music-mulatu-plays-mulatu-album, consulté le 19 octobre 2026.
  4. « Riffing with Mulatu Astatke, the king of Swinging Addis », National Geographic, https://www.nationalgeographic.com/culture/article/mulatu-astatke-ethiopia-jazz-addis, consulté le 19 octobre 2026.
  5. « Mulatu Astatke: New York-Addis-London: The Story of Ethio Jazz 1965-1975 », Pitchfork, https://pitchfork.com/reviews/albums/13678-new-york-addis-london-the-story-of-ethio-jazz-1965-1975/, consulté le 19 octobre 2026.
  6. « Godfather of Ethiopian jazz on his farewell tour », BBC News, https://www.bbc.com/news/articles/cy073xp2yj0o, consulté le 19 octobre 2026.
  7. « Mulatu Astatke, the father of Ethiopian jazz », The Economist, https://www.economist.com/baobab/2010/10/22/mulatu-astatke-the-father-of-ethiopian-jazz, consulté le 19 octobre 2026.
  8. « Mulatu on Mulatu: The Father of Ethio Jazz, Needs A Favor. », Wax Poetics, https://waxpoetics.com/blogs/editorial/mulatu-on-mulatu-the-father-of-ethio-jazz-needs-a-favor, consulté le 19 octobre 2026.

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