T.P. Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou

T.P. Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou

Groupe

Origine

Styles

Biographie

Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : les Papys funkys du Bénin

En 1973, ils enregistrèrent à Lagos un album brut d’afrobeat, dans les mêmes studios que Fela Kuti. Trente ans plus tard, personne en Europe n’avait entendu ces sonorités. En 2009, un vieux chanteur béninois rentra dans un studio et remit le feu dans les machines : l’Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, l’un des groupes les plus prolifiques d’Afrique au XXe siècle, commençait sa seconde vie.

En bref

Nom Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou
Formation 1968, Cotonou, Dahomey (actuel Bénin)
Genre Afrobeat, funk, soukous, rumba, jazz — aux racines du vodoun
Fondateur Mélomé Clément (dit Mélomé), chant et guitare
Membres fondateurs Vincent Ahéhéhinnou (chant), Gustave Bentho (basse), Bernard « Papillon » Zoundégnon (guitare, piano), Joseph Vicky Amènoudji (chant), Eskill Lohento (chant)
Œuvres emblématiques The 1st Album (1973), Cotonou Club (2011), Madjafalao (2016)

Dates clés

Année Événement
1968 Fondation à Cotonou par Mélomé Clément
1969 Nom Poly-Rythmo ; signature chez Albarika Store
1973 Premier album enregistré à Lagos (EMI) : The 1st Album
1977 Consécration au FESTAC 77 à Lagos
1982 Décès du guitariste Papillon et du batteur Yehouessi
Fin des années 1980 Le groupe se dissout
2011 Cotonou Club avec Angélique Kidjo et les Franz Ferdinand
2012 Décès de Mélomé Clément
2016 Madjafalao sur le label Because Music

Du studio EMI aux scènes mondiales : un demi-siècle de funk béninois

Mélomé Clément, accordéoniste et saxophoniste, lance l’aventure en 1968 à Cotonou. Le groupe s’appelle d’abord Orchestre Poly-Disco, formation attitrée d’un label du même nom, avant d’adopter le nom Poly-Rythmo en 1969 après signature chez Albarika Store, le label influent d’Adissa Seidou. Les premiers membres sont des autodidactes — tenanciers de bar, soudeurs ou pêcheurs pratiquant la musique à la perfection. Mélomé, Vincent Ahéhéhinnou, le bassiste Gustave Bentho, le guitariste Bernard Zoundégnon (surnommé Papillon) et Joseph Vicky forment un noyau soudé. À son apogée, la formation compte seize musiciens. Leur son puise dans le sato yoruba — style percussif du sud du Bénin hérité des rites vodouns — et le mêle aux sonorités occidentales captées à la radio : James Brown, les Doors, Funkadelic. « Le succès des Beatles était lié à chaque individualité, au contraire, le Poly-Rythmo a été construit sur un esprit d’équipe, il n’y a pas de vedette en solo », expliquera plus tard Vincent Ahéhéhinnou (RFI, 2016).

En 1973, Adissa Seidou finance un voyage à Lagos pour enregistrer un premier album complet dans les studios EMI — exactement ceux où Fela Kuti pose ses propres classiques. Le résultat, enregistré en deux sessions, s’intitule The 1st Album. Quatre titres afrobeat composés intégralement par Vincent. L’album devient un culte au Bénin et au-delà. Les années 1970 voient le Poly-Rythmo enregistrer autour de 500 titres dans des styles variés — funk, highlife, soukous, rumba, jazz — pour des labels béninois qui imprimaient parfois moins de disques que le nombre de copies vendues. Au FESTAC 77 à Lagos, le groupe termine troisième d’un battle of the bands, ce qui ne l’empêche pas de conquérir un véritable culte auprès du public nigérian. Il devient l’orchestre de prédilection du gouvernement marxiste-léniniste de Mathieu Kérékou. « Nous avons beaucoup joué d’afrobeat, et nous continuons » (RFI, 2016). En 1982, le coup dur frappe : le guitariste Papillon et le batteur Yehouessi décèdent à quelques mois d’intervalle. Le groupe est affaibli pour toujours. Vincent, parti en 1978 après un conflit avec le producteur, ne reviendra qu’en 2009.

Le destin du groupe bascule en 2008 avec la sortie, par le label allemand Analog Africa, de trois compilations qui réveillent une discographie endormie. En 2009, Poly-Rythmo reforme une formation à dix musiciens dont cinq membres fondateurs et monte sur les scènes européennes. Le concert d’ouverture de Jazz à la Villette à Paris est une ovation debout. Cotonou Club (2011, Universal Jazz / Sound’Ailleurs), produit par Florent Mazzoleni, enregistre le groupe en live dans l’ancien studio Satel de Cotonou. Angélique Kidjo chante sur Gbètimadjro, Fatoumata Diawara rejoint Mariage, et Nick McCarthy et Paul Thomson des Franz Ferdinand posent sur Lion Is Burning. « C’est vraiment un rêve pour nous », confie Vincent Ahéhéhinnou. L’orchestre part en tournée aux États-Unis, au Canada, au Brésil, et passe par Primavera Sound, le Printemps de Bourges, le Festival international de Jazz de Montréal.

Le fondateur Mélomé Clément meurt le 17 décembre 2012. Le groupe poursuit, avec sa relève : Roland Mélomé, fils du défunt chef, assure la batterie et le chant aux côtés de musiciens de moins de cinquante ans. Madjafalao, qui signifie prendre garde en langue fon, paraît en 2016 sur le label français Because Music. L’orchestre, surnommé par les siens les Papys funkys d’Afrique, continue de tourner.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
The 1st Album 1973 Premier disque enregistré à Lagos comme Fela Kuti : quatre titres afrobeat d’une puissance brute.
Echos Hypnotiques 2009 Compilation d’Analog Africa qui révèle le groupe au monde entier.
Cotonou Club 2011 Premier album studio en vingt ans, avec Angélique Kidjo et les Franz Ferdinand.
Madjafalao 2016 Dernier album studio, afropop et vaudou-musique.

Héritage et influence

Le Guardian désigne le Poly-Rythmo comme un des meilleurs groupes de dance de l’Afrique de l’Ouest. Leur musique a inspiré des décennies de formations ouest-africaines. « Dans notre pays, tous les orchestres jouent le répertoire du Poly-Rythmo », note Vincent Ahéhéhinnou en 2017. Le groupe sert aujourd’hui de référence vivante pour des formations comme le Gangbé Brass Band.

Sources et références

  1. « Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Orchestre_Poly-Rythmo_de_Cotonou, consulté le 19 octobre 2026.
  2. « Le Poly-Rythmo, un orchestre immortel », RFI Musique, https://musique.rfi.fr/musique-africaine/20161115-orchestre-poly-rythmo-madjafalao.html, consulté le 19 octobre 2026.
  3. « Benin’s Orchestre Poly-Rythmo of Cotonou get their big break – after 40 years », The Guardian, https://www.theguardian.com/music/2011/mar/20/benin-orchestre-poly-rythmo, consulté le 19 octobre 2026.
  4. « Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou », Songlines, https://www.songlines.co.uk/content/features/orchestre-poly-rythmo-de-cotonou, consulté le 19 octobre 2026.
  5. « Orchestre Poly-Rythmo », Musiques d’Afrique, https://www.musiques-afrique.net/restofafrica/art-poly-rythmo.html, consulté le 19 octobre 2026.
  6. « Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : Cotonou Club », Pitchfork, https://pitchfork.com/reviews/albums/15232-cotonou-club/, consulté le 19 octobre 2026.
  7. « Benin legend Orchestre Poly-Rythmo premieres ‘Pardon’ », Los Angeles Times Music Blog, http://latimesblogs.latimes.com/music_blog/2011/03/benin-legends-orchestre-poly-rythmo-premiere-pardon-.html, consulté le 19 octobre 2026.
  8. « The 1st Album (1973) », Analog Africa Bandcamp, https://analogafrica.bandcamp.com/album/the-1st-album-1973, consulté le 19 octobre 2026.

Discographie

Vidéos