Stan Tohon

Stan Tohon

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Biographie

Stan Tohon : le roi du Tchink System, de la musique funéraire aux danses du Bénin

Avant les guitares électriques, avant les synthés, il y avait l’eau. Dans les gourdes calabasses du centre du Bénin, des musiciens frappaient la surface liquide pour inviter les morts à se reposer. Puis un homme d’Abomey, Stan Tohon, a branché ce rituel sur un amplificateur. Il y a eu des guitares, une section de cuivres, des batteries — et le deuil est devenu fête. Ce roi du Tchink System n’a pas seulement fait danser le Bénin : il a prouvé que les traditions les plus sacrées peuvent habiter les salles de bal1.

En bref

Nom complet Roger Stanislas Tohon
Naissance 30 décembre 1955, Abomey (Dahomey)
Décès 26 février 2019, Paris (15e arrondissement)
Genre Tchink System — fusion de rituels traditionnels béninois avec soul, funk et afrobeat
Instruments Gota (gourde raclée), percussions aquatiques, chant
Langue Fon
Discographie 30+ albums
Distinctions Chevalier au Bénin pour son œuvre musicale

Dates clés

Année Événement
1955 Naissance à Abomey, dans l’actuel Bénin
1964 Commence à chanter le tchingounmè dans son quartier, à neuf ans
1972 Obtient le BEPC à Cotonou, sort son premier album Djadjadja
1977 “Yallow”, premier morceau à thème social, censure gouvernementale
1978-1979 Exil au Togo ; création du Tchink System ; enregistrement de Dans le Tchink Système à Kumasi (Ghana)
1980-1990 Période fertile : Explosion 84, Parakou, Métamorphose
1991 Tubes mondiaux avec “Zémidjan”, hommage aux chauffeurs de moto-taxis de Cotonou
1994 Sortie de Tchink Attack
2003 Collaboration avec Manu Dibango et Carlos Santana sur Résurrection
2014-2015 Réédition de Dans le Tchink Système par le label français Hot Casa
2019 Décès à Paris le 26 février ; hommages au Bénin et au Togo

Les origines : un enfant du tchingounmè

Stan Tohon grandit à Abomey, ville royale du centre-sud du Bénin, dans un environnement imprégné de traditions musicales. Le Tchinkounmè, danse et musique traditionnelle de la région de Savalou2, l’attire très tôt. À neuf ans, il imite James Brown et Otis Redding dans les rues de sa ville, absorbant les scansions de la soul américaine tout en chantant les rythmes de chez lui.

Son parcours scolaire est cahotique — il redouble du CM1 au CE2, termine son BEPC à seize ans à Cotonou — mais la musique compense. De retour à Cotonou, il rencontre Gnonnas Pedro, figure majeure de la scène béninoise, qui l’initie au chant professionnel3. Stan Tohon débute dans des orchestres qui balayent tous les genres : rumba, soukouss, rythmes latins, tout en chantant toujours en fon, sa langue maternelle.

La révélation : élektro-sacré et exil

En 1977, Stan Tohon enregistre “Yallow”, un morceau dénonçant la situation socio-économique du Bénin. La chanson provoque une censure du gouvernement de l’époque et l’oblige à se réfugier au Togo4. C’est là que le destin du Tchink System bascule.

À Kumasi, au Ghana, Stan Tohon fait l’expérience enregistrée avec Vis à Vis, le groupe ghanéen qui va l’accompagner5. En 1979, il sort Dans le Tchink Système, un album enregistré sur vingt-quatre pistes analogiques. L’album est un choc : sur des titres comme “Paix lo”, les percussions traditionnelles ne se contentent pas d’underla soul — elles la gouvernent.

Le Tchink System tel que Stan Tohon le concevait s’est imposé comme un genre hybride mêlant les percussions aquatiques et le gota (grosse gourde raclée) du Tchinkounmè originel aux instruments occidentaux modernes6.

Consécration et héritage

Le public béninois le découvre pleinement en 1991 avec “Zémidjan”, un titre-hommage aux chauffeurs de moto-taxis de Cotonou, qui devint un tube planétaire7. Il a performé dans des stades, notamment le Stade de l’Amitié à Cotonou, et a collaboré avec des artistes tels que Manu Dibango et Jacques Higelin, ce dernier étant fasciné par son jeu de percussions d’eau.

Stan Tohon est mort le 26 février 2019 à Paris, à soixante-quatre ans, des suites du diabète et de problèmes respiratoires. Son héritage continue d’inspirer de nouveaux artistes, dont Prince Guedessi, son élève, qui perpétue le Tchink System8. Aujourd’hui, le Tchink System est un genre à part entière dans le paysage musical béninois.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Dans le Tchink Système 1979 Album fondateur, enregistré au Ghana avec le groupe Vis à Vis ; fusion absolue de soul et de rituels traditionnels
“Zémidjan” 1991 Tube qui introduit le Tchink System au grand public, hommage aux moto-taxis de Cotonou
Tchink Attack 1994 Album de maturité explorant les nuances du style (Dévaluation, Intox, Reggae Yallow)
Résurrection 2003 Collaboration avec Manu Dibango et Carlos Santana ; reconnaissance internationale
Nés pour briller 2007 Dernier album complet attesté, marque la longévité créative de l’artiste

Héritage

Stan Tohon a fait un pari audacieux : transformer une musique funéraire, sacrée, en une invitation à danser[^9].

Sources et références


  1. Wikipédia FR, Stan Tohon, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎

  2. Next Corner, The King of Tchink and the Funeral Music Made With Water, 12 juin 2026 ↩︎

  3. RFI Musique, Stan Tohon, éternel dépositaire du tchink système, entretien avec Julien Lebrun (Hot Casa Records), 11 mars 2019 ↩︎

  4. Deezer, Stan Tohon & The Tchink System – Biographie, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎

  5. African Music Library, Tohon Stan – Profile and Discography, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎

  6. BlueTreeAudio, Benin Electric Music: Poly-Rythmo, Tohon, El Rego et Sagbohan, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎

  7. Playup BJ, Stan Tohon : L’héritage du roi du Tchink System, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎

  8. Hot Casa Records (Bandcamp), Dans le Tchink Système, réédition 2014, consulté le 31 octobre 2026 ↩︎

Vidéos