Le balafon (prononcé /balaˈfɔ̃/) est un xylophone ouest-africain à résonateurs en calebasse, classé parmi les idiores frappés. C’est l’un des instruments les plus emblématiques de la tradition musicale ouest-africaine, étroitement associé aux peuples Mandé, Sénoufo, Bobo et Bwaba.
Étymologie
Le mot balafon provient du mandingue : le terme se compose de bala (le nom de l’instrument) et de fô (le verbe « jouer »). Le balafon désigne donc littéralement l’action de jouer du bala. Ce nom est une appellation probablement d’origine européenne combinant le mandingue bála avec le suffixe -phone.
Selon les régions, l’instrument prend d’autres noms : balo au Mali et au Burkina Faso, balangi en Sierra Leone, gyil (ou gyile) chez les peuples Gur du Burkina Faso et du Ghana, bala chez les Bambara et Dyula. Le grand balafon à basse est aussi appelé simplement bala dans la région de Kolokani (Mali) et Bobo-Dioulasso.
Construction
Un balafon est composé de 17 à 21 lames en bois dur (traditionnellement du kosso — Pterocarpus erinaceus, ou parfois du palissandre de roseau). Les lames sont séchées lentement à feu doux, puis accordées en раšant le bois du centre (pour abaisser la note) ou des extrémités (pour la monter).
Les lames sont suspendues au-dessus d’un cadre en bois (ou posées sur un coussinet pour les balafons à lames libres). Sous chaque lame est suspendue une calebasse calibrée qui sert de résonateur. Un petit trou percé dans chaque calebasse est recouvert d’une membrane — traditionnellement de la soie du nid d’araignée, aujourd’hui souvent une fine pellicule plastique ou papier de cigarette — qui produit le caractéristique timbre nasillard (ou effet métron) de l’instrument. Le tout est joué avec deux maillets à tête en caoutchouc.
Comme la kora et le ngoni, le balafon fait partie des trois instruments les plus emblématiques des traditions bardiques des griots d’Afrique de l’Ouest. Les musiciens portent souvent des bracelets à grelots autour des poignets pour accentuer le son.
Histoire
L’histoire orale du balafon remonte à l’essor de l’Empire du Mali au XIIᵉ siècle. Le voyageur marocain Ibn Battouta enregistre sa présence à la cour du mansa Suleyman en 1352. Les visiteurs européens du XVIIᵉ siècle décrivent des balafons pratiquement identiques à l’instrument moderne.
Le Sosso Bala, balafon conservé à Niagassola en Guinée, est considéré comme le plus ancien exemplaire connu — construit il y a plus de 800 ans selon la légende. L’épopée de Sundiata Keita, fondateur de l’Empire du Mali, raconte comment le griot Bala Faséké Kouyaté séduisit le roi Soumaoro Kanze en jouant cet instrument sacré. Les Kouyaté en sont les gardiens héréditaires à ce jour. En 2001, l’UNESCO a nommé le « lieu culturel du Sosso-Bala de Niagassola » l’un des Trésors oraux et immatériels de l’humanité.
Traditions régionales
Le balafon est présent dans toute l’Afrique de l’Ouest avec des variations régionales notables :
- Guinée et Mali : le balafon fait souvent partie d’un ensemble de trois instruments (grave, moyen, aigu), joués par des jalis (griots) de caste héréditaire. La famille Kouyaté est considérée comme les gardien·nes du balafon.
- Burkina Faso : chez les peuples Sambla (Sembla), le balafon possède un système complexe de mimétique linguistique où les paroles sont traduites en musique, comme pour le tambour parlant.
- Cameroun : des orchestres de balafon (3 à 5 instruments) se produisaient dans les bars de Yaoundé dans les années 1950, et le balafon a influencé l’émergence du bikutsi.
- Sénégal : le titre de l’hymne national est « Pincez tous vos koras, frappez les balafons », symbole fort de l’identité musicale sénégalaise.
- Mali : le Triangle du balafon, un festival annuel, se tient à Sikasso depuis les années 2000.
Joueurs notables
De nombreux musiciens ont contribué à la reconnaissance internationale du balafon :
- La famille Kouyaté, griots mandingues, transmet le savoir du balafon de génération en génération depuis des siècles.
- El Hadj Djeli Sory Kouyaté (1927–2001) est considéré par beaucoup comme le plus grand maître de balafon mandingue, célèbre pour ses Anthologie du Balafon Mandingue enregistrées dans les années 1990.
- Balla Kouyaté et N’Faly Kouyate (Afro Celt Sound System) ont exporté le son du balafon dans la world music moderne.
- Kélétigui Diabaté est reconnu pour son jeu avec le groupe Bamada de Habib Koité.
- Le Rail Band, sous la direction de Salif Keita, a adapté les rythmes traditionnels du balafon à une sonorité urbaine électrifiée.
- La Malienne Rokia Traoré intègre également des éléments de balafon dans sa musique.
Références
L’épopée de Sundiata Keita, fondateur de l’Empire du Mali, contient les récits fondateurs liés au balafon et aux Kouyaté, gardiens de cet instrument sacré.
Sources
- Wikipedia — Balafon
- UNESCO — Cultural Space of ‘Sosso-Bala’ in Niagassola
- The Mandinka Balafon — article sur le balafon mandingue
Bibliographie
- Jessup, Lynne (1983). The Mandinka Balafon: An Introduction with Notation for Teaching. Xylo Publications. ISBN 0-916421-01-5
- Charry, Eric (2000). Mande Music: Traditional and Modern Music of the Maninka and Mandinka of Western Africa. University of Chicago Press. ISBN 0-226-10161-4
- Egger, Adrian ; Hema, Moussa (2009). Die Stimme des Balafon — La Voix du Balafon. Schell Music. ISBN 978-3-940474-09-4
- Gibb, H. A. R. ; Beckingham, C. F., eds. (1994). The Travels of Ibn Baṭṭūṭa, A.D. 1325–1354 (Volume IV). Hakluyt Society. ISBN 978-0-904180-37-4