Biographie
Mamadou Diabaté : les vingt et une cordes qui racontent l’histoire
Au cœur de Bamako, dans le salon luxueux de l’hôtel Amitié, un jeune homme aux mains puissantes fait résonner la kora comme personne ne l’avait entendue auparavant. Les dignitaires présents en ce lieu mythique de la scène malienne écoutent, bouche bée. Ce fils de jeli a quinze ans à peine, et ses vingt et une cordes en disent plus que bien des discours. « Mon rôle dans le griot d’aujourd’hui aux États-Unis, c’est d’être musicien », expliquera-t-il plus tard. « J’ai une kora : c’est un instrument de famille, transmis de génération en génération » [1].
En bref
| Nom complet | Mamadou Diabaté |
| Naissance | 1975, Kita, Mali |
| Domaine | Kora — instrument à cordes de la famille des harpes-luths (21 cordes), musique mandingue ouest-africaine |
| Œuvres emblématiques | Douga Mansa, Behmanka, Heritage, Tunga |
| Distinctions | Grammy Award 2010 (Best Traditional World Music Album), nomination Grammy 2006 |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1975 | Naissance à Kita, Mali — ville réputée pour ses artistes manding |
| 1979 | Début de l’apprentissage musical auprès de son père, Djelimory Diabaté |
| 1984-1985 | Finit ses propres cordes et sa propre kora après que sa mère a retiré l’instrument pour le forcer à étudier |
| 1990 | Prix au concours régional de kora ; célébrité locale |
| 1992 | Étudie auprès de son cousin Toumani Diabaté à Bamako ; obtient le surnom « Djelika Djan » (le grand jeli) |
| 1996 | Tournee aux États-Unis avec l’Ensemble Instrumental du Mali ; s’y installe |
| 2000 | Sortie du premier album, Tunga, mélangeant Afrique de l’Ouest, blues et jazz |
| 2005 | Nomination au Grammy pour Behmanka ; perd face à Ali Farka Touré / Toumani Diabaté |
| 2006 | Sortie de Heritage — disque entièrement instrumental aux accents jazz |
| 2008/2010 | Douga Mansa — hommage à son père et grand-père ; victoire au Grammy 2010 |
| 2011 | Sortie de Courage, disque intégralement composé, enregistré à Bamako |
| 2014 | Sortie de Griot Classique |
Un jeli, une kora, le monde
La famille Diabaté figure parmi les plus prestigieuses de la lignée des jelis — historiens-orateurs dont le métier remonte au treizième siècle, à l’époque de l’empereur Sundiata Keïta. Le nom seul confère à son porteur la légitimité d’exercer ce savoir-faire ancestral. À Kita, dans l’ouest du Mali, le père de Mamadou, Djelimory Diabaté, est koraïste à l’Ensemble Instrumental du Mali. Dès quatre ans, Mamadou vit avec lui à Bamako et apprend l’accord de la kora. Sa mère, inquiète pour son école, lui retire l’instrument : le garçon fabrique alors sa propre kora et continue. Comme chaque jeli, il doit lui-même construire son instrument, adapté à ses mains [1].
Avant quinze ans, il quitte l’école et se produit à des mariages et baptêmes. Vainqueur au concours régional de Bamako, il intègre le cercle de son cousin Toumani Diabaté. Ce dernier le surnomme « Djelika Djan », ce qui signifie « grand jeli » en référence à sa grande taille [2]. Il joue au célèbre hôtel Amitié, haut lieu de la diplomatie culturelle. En 1996, une tournée des États-Unis avec l’Ensemble Instrumental du Mali s’improvise en décision de rester. Il déménage à New York puis s’installe à Durham, Caroline du Nord, jouant avec des jazzmen américains comme Randy Weston, Donald Byrd et Guy Davis.
Behmanka (2005), son deuxième album solo, est salué par le Washington Post pour son duo éblouissant à lui seul et par Billboard pour sa virtuosité remarquable. Il remporte le Grammy Award 2010 de la meilleure musique traditionnelle mondiale avec Douga Mansa, album entier dédié à son père et son grand-père. Il refuse de se cantonner au passé : sur Courage (2011), enregistré à Bamako, il publie dix compositions originales jouées dans six tonalités différentes sur un même disque. « Certains titres n’ont jamais été joués par un koraïste auparavant », dit-il. « Ce sont mes propres créations ». Il ajoute : « Nous ne perdons pas la tradition ; nous sommes des musiciens modernes [3]. » En 2010, il forme le trio Djan Djan avec les Australiens Bobby Singh et Jeff Lang. Il cofonde aussi une école de musique à Kirina (Mali) avec Baaba Maal et Playing For Change, dont il devient le directeur artistique [4].
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Tunga | 2000 | Premier album : fusion audacieuse entre musique mandingue, blues et jazz |
| Behmanka | 2005 | Portrait virtuose de la kora pure ; nomination au Grammy 2006 |
| Douga Mansa | 2010 | Hommage à son père et grand-père ; Grammy Award meilleur album world music traditionnel 2010 |
| Courage | 2011 | Dix compositions originales enregistrées à Bamako, dans six tonalités différentes sur le même disque |
Héritage et influence
Mamadou Diabaté incarne la continuité vivante de l’art des jelis — ces historiens-orateurs qui, depuis l’empire du Mali, transmettent la mémoire collective par la musique et le verbe. Ses collaborations avec des musiciens jazz américains révèlent les liens ancestraux entre la musique mandingue et le blues. Son école de Kirina forme une nouvelle génération de musiciens maliens, tandis que ses albums démontrent qu’une instrument aussi ancien que la kora peut parler au monde contemporain sans trahir ses racines.
Sources et références
- Grant Britt, « Carrying the kora : Durham’s new Grammy nominee and his 21 strings », Indy Week, 19 avril 2006, https://indyweek.com/music/carrying-kora
- Angel Romero, « Artist Profiles: Mamadou Diabate (kora) », World Music Central, 4 août 2016, https://worldmusiccentral.org/artist-profiles-mamadou-diabate
- « Kora Courage », World Music Central, https://worldmusiccentral.org/kora-courage
- « Mamadou Diabaté », Playing For Change, https://playingforchange.com/artists/mamadou-diabat%C3%A9
- Matt Fink, « Mamadou Diabate Biography », AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/mamadou-diabate-mn0000673460
- « Mamadou Diabaté », Wikipedia (version anglophone), https://en.wikipedia.org/wiki/Mamadou_Diabat%C3%A9
- « Mamadou Diabate — Grammy Awards », Grammy.com, https://www.grammy.com/artists/mamadou-diabate/11317







