Nawal

Individu

Origine

Instruments

Site officiel : https://nawali.com/

Biographie

Nawal : la voix des Comores, de la guitare interdite au soufisme

En 1985, à un mariage dans les Comores, une femme saisit une guitare sur scène. Un oncle la tire par les bras, la fait descendre et la roue de coups1. Trente ans plus tard, elle se produit au Kennedy Center de Washington2. Son parcours, d’une violence initiale à une sérénité conquise, est un voyage qui traverse l’océan Indien.

En bref

Nom de scène Nawal
Naissance 1965, Moroni, Comores
Profession Chanteuse, compositrice, multi-instrumentiste
Origine Comores (archipel de l’océan Indien)
Genre Afro-soufi, world music
Langues Shikomori, arabe, français, anglais
Instruments Guitare, gambusi (luth comorien), daf, mbira, flûte
Distinctions Ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour les Comores (2014)

Dates clés

Année Événement
1965 Naissance à Moroni, dans une famille de musiciens
~1975 Déménagement en France avec sa famille
1985 Première tentative de concert en public aux Comores : exclusion et violences
2001 Sortie de Kweli, premier album studio
2004 Participation à la compilation Women of Africa (Putumayo)
2007 Sortie de Aman ; Opéra du Sahel à Paris
2011 Sortie de Caresse de l’âme (Embrace the Spirit)
2014 Ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour les Comores
2015 Sortie du documentaire Nawal et les Femmes de la Lune

De la guitare prohibée aux planètes internationales

Nawal grandit dans l’archipel des Comores, surnommé l’archipel des Cinq parfums ou les Îles de la Lune, situé à l’est de l’Afrique3. Le dzikr (litt. « invocation », un chant dévotionnel soufi) résonne dans les mosques, du twarab (musique comorienne inspirée du raï algérien) circule4. Sa famille compte de nombreux musiciens, et sa grand-mère lui transmet l’héritage de son grand-père El-Maarouf (1852-1904), éminent marabout soufi qui prêchait un islam fondé sur l’amour, le respect et la paix5.

À dix ans, Nawal quitte les Comores pour la France, où elle grandit dans le sud du pays6. Le dépaysement est rude7. Elle apprend la guitare sur un instrument fait maison. « Ma voix, c’est mon premier instrument, avant tout »8.

En 1985, de retour dans l’archipel, Nawal veut prouver qu’une femme peut occuper un espace réservé aux hommes9. Elle monte sur scène à un mariage. « Mon oncle a dit : dans notre famille, on ne peut pas laisser la première femme jouer de la guitare comme un homme venir de chez nous »10. On la traîne hors de la scène. « Aujourd’hui, mon oncle est fier et vient me voir en concert », dit-elle11.

Elle élabore un son qui est un dialogue de cultures12. Le gambusi — un luth comorien à quatre cordes, cousine de l’oud — dialogue avec la guitare. Le daf (tambourin persan à grelots) entrecroise les rythmes de l’océan Indien. Sa musique repose sur une spiritualité soufie qu’elle a reçue par héritage familial13.

Trois albums, trois étapes d’une quête intérieure

Kweli (2001, label Mélodie) est l’album de confirmation14. Kweli, qui signifie « vérité » en shikomori, sonne comme une affirmation. Sa musique tisse un pont entre la tradition comorienne et les influences qu’elle a absorbées en France15.

Aman (2007, Nawali Productions / DOM Distribution) marque un tournant16. Aman signifie « paix de l’âme ». Jon Pareles du New York Times le classe parmi les albums de world music les plus marquants de l’année17. Sur ce disque, Nawal réduit le son, fait place au silence entre les morceaux. « Si nous voulons vraiment la paix dans le monde, il faut la trouver en nous-même », affirme-t-elle à RFI18.

En 2007, Nawal participe au premier Opéra africain, l’Opéra du Sahel, Théâtre du Châtelet à Paris19. Sa chanson Hima figure sur la compilation Putumayo Women of Africa (2004)20.

Caresse de l’âme (2011, Jade / Milan) — aussi titré Embrace the Spirit — est son troisième album en solo21. SoundRoots le classe dans ses Top 20 albums globaux de 2011. Dix titres qui fondent en un seul hymne la paix et la dignité humaine22. Chicago Reader y voit une « méditation puissante qui salue les récentes révolutions au Moyen-Orient et le désir humain de liberté et de paix »23. L’Express le qualifie d’« invitation à vivre la scène comme un rituel »24.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Kweli (Vérité) 2001 Premier album d’une Comorienne : un manifeste identitaire
Aman (Paix de l’âme) 2007 Révélation internationale, couronnée par le New York Times ; album méditatif
Caresse de l’âme (Embrace the Spirit) 2011 Tournant solo avec Jade/Milan ; hymne à la paix humaine

Héritage

Nawal a ouvert la voie à un nouveau chapitre de la musique comorienne25. Elle est la première femme à se produire en public26. « Aujourd’hui, certaines jeunes femmes aux Comores étudient la guitare, elles ne jouent pas encore sur scène mais elles pratiquent et veulent devenir professionnelles. J’ai un peu ouvert la voie »27.

Au-delà des planches, elle reçoit en 2014 le titre d’ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour son archipel28. Le documentaire Nawal et les Femmes de la Lune (2015, 68 minutes, réalisation Éric Münch et François Kotlarski) suit son périple à travers les Comores, Mayotte et Zanzibar pour retrouver les anciennes traditions soufies féminines de l’océan Indien29.

Son héritage musical n’est pas cloisonné30. Des artistes comme Zap Mama31 lui servent de parallèles stylistiques, mais elle cultive un son qui lui est propre32. Sa musicalité fait le pont entre l’archipel qu’elle défend et un public international33.


Sources et références


  1. Kennedy Center, Nawal, fiche artiste, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  2. Kennedy Center, Nawal, fiche artiste, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  3. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

  4. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  5. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

  6. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  7. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  8. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  9. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

  10. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  11. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  12. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  13. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

  14. PopMatters, critique d’Aman par Deanne Sole, 29 août 2007 ↩︎

  15. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  16. PopMatters, critique d’Aman par Deanne Sole, 29 août 2007 ↩︎

  17. New York Times, critique d’Aman par Jon Pareles, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  18. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  19. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

  20. Kennedy Center, Nawal, fiche artiste, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  21. PopMatters, critique d’Aman par Deanne Sole, 29 août 2007 ↩︎

  22. PopMatters, critique d’Aman par Deanne Sole, 29 août 2007 ↩︎

  23. Chicago Reader, critique d’Embrace the Spirit, 2011 ↩︎

  24. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  25. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

  26. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  27. RFI, Nawal’s Afro Sufi music makes space for silence, entretiens, 24 novembre 2016 ↩︎

  28. ONU, nomination d’ambassadrice de bonne volonté pour les Comores, 2014 ↩︎

  29. Africine, Nawal et les femmes de la Lune, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  30. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  31. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  32. AllMusic, Nawal - Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  33. World Music Central, Artist Profiles: Nawal Nawal, article d’Angel Romero, 19 avril 2018 ↩︎

Discographie