Maroc

Musique marocaine : gnawa (UNESCO), gharnati, chaâbi, aita, amazigh, awad, guedra — les traditions musicales du Maroc.

Langues : arabe (off.), berbère, français, hassania, espagnol.

Musique marocaine

La musique marocaine est l’une des plus diversifiées d’Afrique du Nord, avec au moins une vingtaine de styles régionaux et ethniques. Elle reflète l’histoire complexe du Maroc : héritages andalous, berbères, subsahariens, arabes, méditerranéens et atlantiques.

La gnawa : héritage subsaharien trance marocaine

La gnawa est la tradition musicale marocaine la plus internationalement reconnue. Issue de l’esclavage transsaharien (XIᵉ-XVIIᵉ siècles), la musique gnawa perpétue la mémoire des descendants d’anciens esclaves venus d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Niger) au Maroc1.

Les instruments centraux sont :

  • Guembri / sintir (ou hajhuj) — luth à trois cordes de métal, le « cœur » sonore des gnawa
  • Qraqab / krakeb — paires de croches métalliques (comme des castagnettes géantes)
  • Bendir — tambour à cadre
  • Tbel / tabl — grands tambours cylindriques

La gnawa se joue lors de cérémonies ritualisées appelées lila (نights) — des veillées nocturnes dédiées à la guérison spirituelle et au dhikr (commémoration du divin). Le maître (maalem) guide la transe des participants par des cycles de chants et de danses qui se renforcent progressivement en intensité2.

Les instruments rituels gnawa comprennent aussi le gogo (luth arqué à l’ancienne) et des tambours métalliques. Les chants gnawa alternent arabes et langues d’Afrique de l’Ouest, conservant des mots comme Sidi Moussa, Sidi Hamou ou Sidi Mimoun3.

Depuis les années 1990, le Festival International de Gnawa d’Essaouira attire des milliers de spectateurs du monde entier et a contribué à l’inscription de la gnawa au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO en 20194.

Musique arabo-andalouse : gharnati et stambeli marocain

La tradition gharnati (ou al-‘ala) est la musique classique marocaine, héritée de l’Al-Andalus. Les Juifs espagnols expulsés à la fin du XVe siècle ont transplanté ce répertoire au Maroc, notamment à Fès, Tétouan et Chefchaouen5.

Le gharnati se joue en noubas (suites) structurées en mouvements de tempo croissant, avec les mêmes instruments que le takht égyptien : oud, qanun, violin (adapté aux microtons arabes), ney et percussions. Les œuvres sont basées sur des poèmes classiques en arabe classique ou dialecte marocain. La tradition est divisée en quatre écoles régionales (Fès, Tétouan, Rabat-Médina et Casablanca) avec des répertoires distincts6.

Le chaâbi marocain : musique populaire urbaine

Le chaâbi (popular music) est le genre musical urbain le plus populaire au Maroc. Né dans les faubourgs marocains du début du XXᵉ siècle, il associe des instruments traditionnels (guembri, banjo, karkabat/croches métalliques) à des clarinettes et accordéons. Le répertoire est en dialecte marocain (darija) et traite de thèmes populaires : amour, vie quotidienne, satire sociale. L’accordéon diatonique y tient une place centrale7.

Musique amazigh (berbère) et awad

Le Maroc compte une grande diversité de traditions amazighes selon les régions :

  • Ahwash (Haut Atlas central) — musique collective à danses groupées, jouée avec des flûtes en bambou (mizmar) et de grands tambours (bel), pratiquée lors des mariages et cérémonies
  • Ait Atta / Aït Ouaix (Anti Atlas) — chants polyphoniques féminins au luth tamimchi
  • Ahidus / ahidous (Rif, nord du Maroc) — musique collective des pléiades de chanteurs dansant en cercle au mizmar et tamta, typique des festivals d’Aït Benhaddou
  • Guedra (Sahara marocain, oueds du Draa et Ziz) — musique des femmes touarègues/Sahara, rythmée au tambour à cadre avec gestuelle des mains en mouvement8

L’aita : la chanson hassanie

L’Aita (ایتا) est un style de musique populaire marocaine originaire du sud du Maroc, particulièrement dans les régions d’Agadir et Essaouira. C’est une chanson soliste (souvent féminine) avec accompagnement au ghaïta (hautbois double), tbel (gros tambour) et percussions, jouée lors de mariages et célébrations9.

Instrumentarium marocain

  • Guembri / sintir — luth à trois cordes de la gnawa
  • Qraqab / krakeb — croches métalliques (gnawa)
  • Oud — luth arabo-andalou dans le gharnati
  • Ghaïta — hautbois double (aita, awad)
  • Mizmar / ney — flûtes et hautbois amazighs
  • Violin — instruments du takht gharnati
  • Harpa / harp marocain — rare, jouée dans les traditions amazighes du sud
  • Akoukar / agoudal — cor en corne de bélier (berbère)

Sources :


  1. Afropop Worldwide, « Gnawa Music of Morocco » — introduction à la gnawa. ↩︎

  2. Wikipedia, « Gnawa music » — instrumentation et cérémonies lila. ↩︎

  3. Wikipedia, « Music of Morocco » — traditions régionales. ↩︎

  4. Serenity Morocco Tours, « Gnawa » — guide des traditions marocaines. ↩︎

  5. Serenity Morocco Tours, « Andalusi » — gharnati marocain. ↩︎

  6. World Music Network, « Gharnati Music » — gharnati. ↩︎

  7. Maison Scene, « Traditional Moroccan Music » — chaâbi urbain marocain. ↩︎

  8. Serenity Morocco Tours, « Amazigh » — musique amazigh. ↩︎

  9. Slow Morocco, « Moroccan Music: Gnawa, Andalusi, Chaabi and Rai » — panorama des genres marocains. ↩︎

Carte — Maroc

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