Photo de U Roy

U Roy

Origine : Jamaique
Instrument :
Styles : Reggae

U Roy : discographie

U Roy - Old School / New Rules album cover Album : Old School / New Rules
Année : 2006
U Roy - Rebel In Styylle album cover Album : Rebel In Styylle
Année : 2003
U Roy - Now album cover Album : Now
Année : 2001
U Roy - Serious Matter Dub album cover Album : Serious Matter Dub
Année : 2000
U Roy - Serious Matter album cover Album : Serious Matter
Année : 2000
U Roy - Reggae Live Sessions Vol 1 album cover Album : Reggae Live Sessions Vol 1
Année : 1998
U Roy - Babylon Kingdom Must Fall album cover Album : Babylon Kingdom Must Fall
Année : 1997
U Roy - Smile a While album cover Album : Smile a While
Année : 1993
U Roy - True Born African album cover Album : True Born African
Année : 1991
U Roy - Natty Rebel album cover Album : Natty Rebel
Année : 1990
U Roy - Version Of Wisdom album cover Album : Version Of Wisdom
Année : 1990
U Roy - Music Addict album cover Album : Music Addict
Année : 1987
U Roy - The Seven Gold album cover Album : The Seven Gold
Année : 1987
U Roy - Line Up And Come album cover Album : Line Up And Come
Année : 1986
U Roy - Love Gamble album cover Album : Love Gamble
Année : 1980
U Roy - Jah Son Of Africa album cover Album : Jah Son Of Africa
Année : 1978
U Roy - Rasta Ambassador album cover Album : Rasta Ambassador
Année : 1977
U Roy - African Roots album cover Album : African Roots
Année : 1976
U Roy - Natty Rebel album cover Album : Natty Rebel
Année : 1976
U Roy - Right Time Rockers (The Lost Album) album cover Album : Right Time Rockers (The Lost Album)
Année : 1976
U Roy - Dread In A Babylon album cover Album : Dread In A Babylon
Année : 1975
U Roy - Version Galore album cover Album : Version Galore
Année : 1970

Actualité de U Roy

Bob Marley l'avait dit : " Le reggae retournera un jour à sa source, l'Afrique ". On savait le reggae omniprésent sur le continent, témoignage d'un peuple fier de sa diaspora internationale, et le festival Abi Reggae ne fait que confirmer l'amour que les Africains ont pour les musiques jamaïcaines et leurs déclinaisons. Rarement nous avions vu autant d'unité entre les acteurs culturels d'une ville, d'un pays et d'un continent, qu'ils soient institutionnels, associatifs, médiatiques ou intellectuels. La planète reggae était représentée sous toutes ses formes du 6 au 9 avril derniers à Abidjan. Pendant quatre jours, la capitale ivoirienne a vibré toute entière sous les lignes de basse reggae, les percussions nyabinghis et des voix venues des quatre coins du monde pour défendre cette musique qui n'échappe pas non plus aux clichés là-bas. Des légendes jamaïcaines (U-Roy et Ijahman Levi) aux stars françaises (Danakil et Yaniss Odua) en passant par les représentants du reggae ivoirien et africain (Spyrow, Seyni Kouyaté, Ismael Isaac, Kajeem, Nkule Dube ou Daara J Family) et même quelques découvertes internationales (les Chinois Long Shen Dao, le Turque Sattas ou la libanaise Mirna) ; tous marchaient dans la même direction : celle d'un reggae juste, pertinent et élévateur.Initié par le ministre d'Etat Moussa Dosso en 2015, le Festival Abi Reggae fêtait cette année sa troisième édition. Plusieurs fois qualifiée d'édition de la maturité pendant le week-end, elle aura tenu ses promesses en parvenant à créer un pont entre la musique et des réflexions sur des thèmes chers aux artistes reggae. Des intellectuels du monde entier tels qu'Hélène Lee (France, réalisatrice du film Le Premier Rasta), Horace Campbell (Jamaïque, auteur du livre Rasta and Resistance) ou Mère Jah Evejah (Bénin, Ambassadrice de la diaspora) ont ainsi débattu sur l'esclavage, le panafricanisme, la reconnaissance de Rastafari... Une liberté d'expression totale a même permis d'aborder la question de la légalisation de la ganja après un monologue saisissant de Mutabaruka, dub poet jamaïcain présent également lors des rencontres matinales organisées au Palais de la Culture d'Abidjan. Cette même liberté d'expression, les artistes locaux s'en sont saisis pour critiquer sans crainte le système actuel et certains haut dirigeants africains et mondiaux. Malgré une forte présence policière évidente pour des raisons de sécurité, rien n'aura perturbé le sentiment d'émancipation et de délivrance qui doit habiter tout festivalier. Musique, liberté, conscience, éducation, harmonie... Tout était réuni pour un événement réussi, un festival comme chez nous, mais pour une fois sur les terres qui virent naître les ancêtres de ceux qui allaient créer le reggae. Abi Reggae est parvenu à afficher les couleurs Rouge Jaune Vert en grand, à piétiner certains préjugés, à donner une visibilité à une culture riche et à rendre accessible à tous un divertissement de taille (seulement 2000 FCFA l'entrée par soir, soit environ 3eteuro;). Mutabaruka Hélène Lee Véritable fête, le festival de cette année commençait pourtant sur une note douloureuse. Désiré Parker, l'un des plus fervents acteurs du reggae à Abidjan, est décédé d'une crise cardiaque la veille de l'évènement. Son nom est sur toutes les lèvres au matin du premier jour. Pas un artiste ne lui rendra pas hommage ce week-end, y compris les étrangers, tous conscients de son implication. C'est lui qui avait d'ailleurs invité Danakil en 2013 à jouer sur le même site du Palais de la Culture dans le quartier de Treichville, lieu d'implantation du festival. Ceux qui ne le connaissaient pas découvrent l'importance de son travail. Akae Beka, le nouveau groupe de Midnite, est même censé jouer dans son club, le Parker Place, dans quelques semaines... C'est en son honneur que R-Light, un excellent groupe local, entonnera l'hymne du festival à plusieurs reprises dans le week-end. Les autres artistes du pays auront eux aussi marqué les esprits à l'image de Kajeem et son show énergique, Beta Simon et ses histoires tantôt drôles tantôt mystiques ou les plus connus Ras Goody Brown et surtout Ismael Isaac, enfant du quartier ovationné lorsqu'il monta sur scène en béquilles au petit matin après une soirée perturbée par de longs retards. La spontanéité de Black Mojah a également fait des siennes puisque de nombreux soldats et soldates / surnom qu'il donne à ses fans / étaient présents, mais c'est l'ardeur de Spyrow qui nous aura le plus étonnés. Avec un style très proche des artistes jamaïcains de la génération new roots, il a su mettre le feu au public avec pour point d'orgue le remix Rouge Jaune Vert avec toute la team ivoirienne (Aiman Raad, Bobo Levy, Jah Slave etc.) et Yaniss Odua en personne ! R Light Kajeem Ismael Isaac Kalujah Naftaly Sekouba Bolomba Beta Simon Black Mojah Les Vieux Mogos Spyrow Parmi les autres artistes du continent noir, le Guinéen Seyni Kouyaté et son reggae façon griot ont marqué les esprits. Le vainqueur des Victoires du reggae catégorie africaine, Malayky, a lui aussi fait forte impression devant un public acquis à sa cause. Jah Verity, lui, est entré sur scène en portant sa croix à la manière de Jésus. Lui qui n'a pas la langue dans sa poche a largement brillé sur la scène d'Abi Reggae tout comme la Daara J Family emmenée par un Faada Freddy rayonnant. Alors qu'il mène actuellement une carrière solo exemplaire en Europe, Freddy n'a pas oublié ses racines et les fans du groupe se sont régalés avec la rencontre de sa voix subtilement éraillée et celle plus sauvage de son compère Ndongo D. Les Sénégalais ont livré sans aucun doute l'un des shows les plus carrés du week-end, mais la palme du feu revient assurément à un autre duo : Banlieuz'Art. Soutenu par une forte communauté guinéenne, le groupe était particulièrement attendu. Prévus en milieu de soirée le dimanche, ils se sont finalement produits à 7H du matin après qu'un orage soit venu gâcher la fête et entraîner un retard de plus de quatre heures. Alors que la plupart du public était resté assis pour les concerts précédents, Banlieuz'Art a su réveiller tout le monde tel un ouragan ! Debout sur leurs chaises, les fans ont repris les paroles en choeur sans faiblir avant de déserter le site, laissant l'etEacute;thiopien Sydney Salmon malheureusement bien seul pour clôturer le festival.Malayky Seyni Kouyaté Trobul Smallz General Bob Zep Lion Jah Verity Daara J Family Banlieuz'Art Sydney Salmon Il fallait de l'endurance pour vivre ce festival pleinement. Les nombreux retards causés par les intempéries ou autres problèmes techniques ont mis notre patience et notre résistance à rude épreuve. Mais tout ce qui devait arriver arriva... parfois tôt le matin ! Pas de quoi perturber nos Danakil qui ont relevé haut la main le défi de jouer à 5H du matin, terminant leur set face à un lever de soleil de toute beauté. Une ambiance spéciale que Balik et sa clique ne sont pas près d'oublier. Malgré un public clairsemé, les Français ont carrément embarqué les Ivoiriens dans leur univers. Les réactions furent timides mais les quelques fans qui connaissaient le répertoire de Danakil ont su se faire entendre. Yaniss Odua a eu plus de chance. L'ambiance était à son comble pour le Martiniquais et son fidèle Artikal Band qui montèrent sur scène aux alentours de minuit le samedi. Abidjan leur a réservé un des accueils les plus chaleureux du festival et Yaniss le leur a bien rendu en offrant quelques extraits inédits et précieux de son nouvel album ; notamment dès le début avec le titre Nouvelle donne, interprété sous les oreilles attentives de Balik, parolier de cette nouvelle chanson. Pas de répit pour le Artikal Band qui a de suite enchaîné avec U-Roy. On a vite compris qu'il était LA star du festival. Son apparition le premier jour à la cérémonie d'ouverture avait failli causer des émeutes et il en fut de même le jour de son passage où une queue interminable de fans l'attendait devant sa loge pour prendre des photos. Après seulement une seule répétition dans un studio d'Abidjan (Trinity Studio), la communion entre le backing band français et le deejay jamaïcain opérait déjà ! On s'est délecté des standards de Daddy U-Roy, mais c'est un titre moins connu de son répertoire que le public attendait particulièrement. La veille, au studio, apprenant que son gros hit local était Go Deh Natty Dread, U-Roy pris la décision au dernier moment de l'inclure dans son set. Bonne idée ! Dès les premiers lyrics entonnés a capella, ce fut l'explosion dans la foule !Danakil Yaniss Odua U-Roy U-Roy et le Ministre Moussa Dosso (à droite)L'autre star du festival, c'était bien setucirc;r Ijahman Levi. On a bien cru qu'il n'allait jamais monter sur scène. Lui qui aurait detucirc; clôturer le festival fit finalement son apparition aux alentours de 3H du matin pour contenter le public qui avait patienter plus de quatre heures pendant l'orage. Choix judicieux. Mais difficile de réveiller un public à cette heure-là. La fatigue n'aidant pas, Ijahman n'aura pas livré son meilleur set, laissant tout de même une belle place à l'improvisation et à des chorégraphies endiablées. Pour notre part, l'attente sous la pluie fut comblée par une jam session improvisée dans la loge de Murray Man. Un moment unique, intimiste et improbable. Ce genre d'imprévus imposés par des contraintes naturelles et techniques qui vous rappellent qu'il faut parfois laisser les choses se faire... Murray Man montera sur scène bien plus tard, juste avant la tornade Banlieuz'Art. Il fournit une prestation exceptionnelle, accompagné d'un backing-band local, le Kingston Gangstar, ultra-efficace. Une belle surprise pour nous qui sommes plutôt habitués à le voir en configuration sound system en Europe. Ijahman Levy Murray Man Le festival fit preuve d'une grande ouverture d'esprit cette année. Quelques groupes plus world music s'étaient glissés dans la programmation, à l'image des Algériens Djmawi Africa et leur fusion aux allures parfois celtes ou des Turques Sattas au reggae très rythmé. Les Chinois Long Shen Dao étaient particulièrement attendus par les curieux. Leur cocktail reggae rock à la Police en aura laissé quelques-uns perplexes, d'autres conquis. Autre preuve de la tolérance des organisateurs : une forte présence féminine ! Les locales Tee Namy et Gun Deevine n'ont pas eu à rougir face à leurs homologues masculins. La libanaise Mirna s'en est également très bien tirée avec son reggae world aux soupçons de pop. Sa présence scénique et sa légèreté ont envahi le festival offrant un instant de rêve au public. La plus belle surprise est sans doute venue de Nkulee Dube, la fille de feu Lucky Dube, grande figure du reggae sud-africain. Si elle ne pu s'empêcher de faire quelques reprises de papa, pour le plus grand plaisir des fans, elle ne s'est pas privée de nous faire découvrir son répertoire aux accents jazzy. Accompagnée par ses compatriotes du Azania Band / à la paire basse-batterie redoutable / elle a montré toute l'étendue de son talent, du chant au toast, rappelant parfois le reggae lourd et profond des etIcirc;les Vierges. Djmawi Africa Fadah Faisoli Ali Long Shen Dao Sattas Nkule Dube Mirna Gun Deevine Venir à Abi Reggae c'est comme un pèlerinage. Un pèlerinage sur les terres du reggae, les terres de l'humanité. Un festival de cette envergure en Afrique, c'est tout un symbole... Comme si la planète reggae toute entière effectuait enfin son rapatriement. Une belle programmation, des débats, un village d'exposants, des rencontres inévitables, la chaleur physique et spirituelle du continent africain... quoi de mieux comme environnement pour apprécier le reggae au maximum ? Ajoutez à cela des repas succulents midi et soir (poulet piqué, poissons braisés, atchéké, allocos, frites...) et le tableau est complet. Il suffit de prendre le rythme local, ne pas être pressé, s'attendre à tout et finalement se laisser aller pour repartir comblé ! Abi Reggae 2018, Reggae.fr sera de la partie !
Source : reggae.fr | 2017-04-20 02:00:00.0
Véritable légende de la musique, Don Letts est un touche à tout bien connu des spécialistes. DJ, animateur radio, réalisateur, il est souvent décrit comme celui qui aurait inspiré la chanson Punky Reggae Party à Bob Marley. Mythe ou réalité ? Don Letts revient avec nous sur cette histoire et nous explique le lien incontestable entre reggae et punk rock, lui qui fut un témoin privilégié de ce choc des cultures en Angleterre au milieu des années 70. Une partie de cet entretien est également disponible en vidéo sur notre Reggae TV.Reggae.fr : Le nom de Don Letts n'est pas étranger des fans de reggae. Mais votre courte relation avec Bob Marley prend souvent le dessus par rapport à vos travaux d'animateur radio ou de réalisateur. Quelles est selon votre véritable contribution à la musique ?Don Letts : Hey mec, je ne vais pas me tenir devant toi pour étaler mon CV. Je ne sais même pas quelle est ma contribution à la musique. J'ai eu une vie très intéressante et j'ai eu la chance de faire plein de choses et tout a été inspiré par la musique. C'est mon moteur. Tout ce que je fais est inspiré par la musique. Je vois la musique comme un moyen de déclencher des changements sociaux et des changements personnels aussi. J'en suis la preuve. Grâce à la musique, j'ai eu une émission de radio, je suis DJ et je fais des films. Je suis Don Letts. Allez voir sur Google... motherfuckers (rires).Vous faîtes partie de ceux qui incarnent le lien entre punk rock et reggae, deux musiques que tout semble éloigner. Quel est ce lien selon vous ?Le lien entre punk et reggae. Qu'est-ce que c'est que ça ? etCcedil;a paraît bizarre. Mais à la fin des années 70, il y a eu une explosion punk avec une musique rebelle faite par des Blancs. C'était une période de crise et de tension sociale. Je pense que chaque génération a besoin de sa bande originale, moi j'avais la chance d'avoir le reggae. Et dans les années 70, mes copains blancs ont créé leur propre bande-son, la musique punk. J'ai eu la chance d'être embauché en tant que DJ dans le tout premier club de punk rock, le Roxy à Londres. C'était à une époque où il n'y avait encore aucun disque de punk sorti. Alors j'ai joué ce que j'aimais, c'est-à-dire du dub et du reggae pur et dur. Heureusement pour moi, les punks ont aimé. Ils aimaient les lignes de basse et le fait que la musique parle de choses auxquelles ils pouvaient s'identifier. Et apparemment, ils aimaient aussi la weed. C'est au Roxy que des ponts se sont créés entre les punks et moi et mes potes rastas qui traînaient dans le coin. Et de ce choc des cultures est né ce qu'on appelait la Punky Reggae Party. Je pense que le meilleur exemple de ça sont des groupes comme les Clash avec des titres comme White Man in Hammersmith Palais et Police et Thieves. Il y avait aussi The Slits, je ne sais pas si vous les connaissez. Allez vous renseigner sur ce groupe féminin qui avait complètement adopté le reggae mais en avait fait un mauvais usage. Et il y avait aussi John Lydon avec son groupe Public Image qui a été largement inspiré par la culture dub jamaïcaine. On s'est rapprochés en comprenant nos différences. Vous vous demandez peut-être ce que le reggae a hérité de ce rapprochement, il a tout simplement reçu une meilleure exposition.Une exposition envers un public blanc n'est-ce pas ?Oui. Mais il y avait déjà des Blancs qui connaissaient la musique jamaïcaine. Des musiciens comme John Lydon, qui s'appelait Johnny Rotten avant, Joe Strummer ou Paul Simonon. Mais à la fin des années 70, il y avait beaucoup de Blancs qui n'en avaient jamais entendu parler. Et j'en ai éduqués quelques-uns à travers mes sets au Roxy.Et avez-vous fait le chemin inverse également ? C'est-à-dire introduire le punk rock à des Noirs.En fait la plupart des Noirs ne s'intéressaient pas à la musique punk, mais ils aimaient l'attitude et l'esprit. Il faut comprendre que les prémisses du reggae tel qu'on le connaît c'était en fait le punk rock jamaïcain. C'est le même esprit et la même attitude. Ce sont des gens qui créent une bande-son relative à leur situation. Ils n'avaient pas accès aux technologies, mais ils ont tiré le meilleur de ce qu'ils avaient. Regardez Lee Perry. Ses meilleurs dubs ont été fait sur des tables de seulement deux ou quatre pistes. C'était l'esprit punk rock, l'esprit débrouille. " Je suis une passerelle vers l'histoire et l'héritage de la bass culture jamaïcaine. " Le reggae et le dub se sont beaucoup répandus à travers le monde et continuent de se développer. On a l'impression que ce n'est pas le cas de la musique punk. Comment expliquez-vous ça ?etCcedil;a dépend de ce que vous appelez punk. Des gars avec des guitares bruyantes, des pantalons troués et des putains de crêtes, ce ne sont pas ce que j'appelle des punks. Moi je me réfère à un esprit et une attitude qui n'ont rien à voir avec cette merde. Cet esprit punk a fait naître beaucoup de choses. Je dirais même que le grime né à Londres a un esprit punk. Je ne pense pas que le mouvement punk soit mort, mais il a été absorbé par le temps et il reste accessible à ceux qui ont l'esprit ouvert. C'est comme une porte ouverte à ceux qui sont assez braves et curieux.La culture sound system jamaïcaine s'est exportée en Angleterre avant de contaminer toute l'Europe. Quel souvenir gardez-vous de cette expansion ?La culture sound system est beaucoup plus forte aujourd'hui dans le reste de l'Europe qu'en Angleterre. J'ai joué en Croatie l'autre jour et j'ai vu que la musique jamaïcaine avait voyagé jusque-là et qu'elle rassemblait les gens de la même manière qu'à notre époque. J'en ai presque pleuré. Les gouvernements n'ont pas fait ça, les églises n'ont pas fait ça, les écoles n'ont pas fait ça. C'est la musique qui l'a fait. C'est la musique qui nous rassemble. Et vous savez, je suis vieux. Aussi vieux que le rock'n roll. Je suis né en 1956. Mes parents ont migré avec la Windrush Generation dans les années 50. Je suis un produit de cette migration. J'ai grandi avec des sound systems comme Coxsone, Jah Shaka etc. C'était là qu'on puisait notre inspiration et nos informations. etCcedil;a avait une place importante dans ma vie. Je suis un produit de la culture sound system jamaïcaine. Mon père avait un sound system. Mes fils sont DJs. C'est dans mon ADN. C'est comme ça que l'on communique.Pourtant, vous n'êtes pas un selector comme les autres n'est-ce pas ?Mon seul talent dans cette culture, c'est la sélection. Je suis un peu old school, je ne prends pas le micro comme les autres. Je laisse parler la musique. Le mix et le scratch, je laisse ça aux jeunes. Mon seul talent est d'être un bon selector. A l'ancienne.Et avez-vous déjà enregistré des dubplates ?Des artistes font des dubplates pour moi parce que j'ai une émission de radio et ils veulent que je joue leur musique (rires). Mais moi je ne fais pas la démarche d'en réclamer. Et comment avez-vous personnellement découvert le reggae ?Je n'ai pas découvert le reggae mec ! Il coule dans mon sang. Je suis d'origine jamaïcaine, c'est dans mon ADN. Je n'ai pas le choix. Et comment avez-vous découvert le punk rock ?Je fais partie de la première génération de Noirs nés en Angleterre. J'ai grandi au Royaume-Uni et j'avais donc des amis blancs. Ce sont ces amis qui ont créé le mouvement punk et la musique qui en découle. Je baignais dedans tout simplement. " Je vois la musique comme un moyen de déclencher des changements sociaux et personnels " Vous avez côtoyé Bob Marley quand il vivait en Angleterre. Quelle était votre relation avec lui ?Ma relation avec Bob Marley se résumait à lui vendre de la weed. C'est tout ?(rires). Oui. C'était en quelle année déjà ? 1977. Et... Je crois... Comment décrire ça ? J'étais un fanboy. Je ne vais pas vous mentir, il était mon héros à cette époque. Je me suis occupé de lui. On n'était pas spécialement amis, mais quand il était à Londres en 1977 après s'être fait tirer dessus en Jamaïque, je passais le voir très souvent pour discuter. C'était incroyable, je dois l'avouer.On dit que c'est vous qui l'avez inspiré pour écrire Punky Reggae Party. Vous confirmez ?Ah cette histoire ! Ce qui s'est vraiment passé avec Punky Reggae Party, c'est qu'un jour, je suis allé chez Bob Marley avec mes fringues de punk en cuir noir et il a commencé à se moquer de moi. Il avait une mauvaise image des punks à cause du portrait négatif qu'en faisaient les médias à cette époque. Alors que le mouvement punk n'avait rien de négatif. C'était un mouvement pour l'indépendance, la liberté et l'autonomie. Donc je lui ai dit : " Bob, tu te trompes. " J'étais très jeune et c'était très dur pour moi de rester droit dans mes bottes pour défendre mes potes blancs qui étaient comme ça. Mais je lui ai dit : " Bob tu te trompes. Ces punk rockers sont en fait des rebelles. Ils sont intéressants. " Il a juste dit : " Oui c'est ça. Bouge de là ! " (rires). Et je suis parti. Quelques mois plus tard, je pense qu'il a eu accès à d'autres infos et il a écrit Punky Reggae Party. Quelle influence j'ai eu là-dedans ? Je n'en sais rien. Mais je lui ai fait manger son chapeau. Vous l'avez revu plus tard ?Non. Cette histoire que je viens de raconter, c'est la dernière fois que j'ai vu Bob. Quand on s'est pris la tête sur les punks. Je ne l'ai plus jamais revu après.Vous êtes allé pour la première fois en Jamaïque à la fin des années 70. Pourquoi si tard ?Je suis allé en Jamaïque pour la première fois avec Johnny Rotten en 1978. Pourquoi si tard ? Je ne pouvais pas y aller avant, je n'avais pas d'argent. J'étais un jeune qui galérait comme tout le monde. On ne partait pas en vacances à cette époque. Un jour, Johnny Rotten m'a proposé d'y aller avec lui. Il essayait de fuir la folie médiatique qui l'entourait car il venait de quitter les Sex Pistols. Et bien setucirc;r j'étais partant ! Et ce fut le voyage le plus incroyable de toute ma vie.Pourquoi était-ce si incroyable ?En fait, à l'époque il y avait un gars qui s'appelait Richard Branson. C'était le boss de Virgin, une grosse maison de disques. Il voulait faire comme Chris Blackwell avec Island Records et créer une branche reggae pour Virgin. Il a appelé cette branche reggae Frontline par la suite. Richard Branson a passé deux semaines en Jamaïque pour signer un maximum d'artistes là-bas. Et nous on était là, dans le même hôtel que lui. On a vu tous les artistes de cette putain d'île débarquer à l'hôtel pour essayer d'être recruté. On a littéralement rencontré tous les artistes reggae de l'époque, à part peut-être Burning Spear, Peter Tosh, Bunny Wailer et Bob Marley. Tous les autres, on les a vus : I-Roy, U-Roy, Big Youth, Tappa Zukie, The Gladiators, The Heptones, The Abyssinians, tous les gens que j'écoutais dans ma jeunesse. C'était incroyable. Je suis devenu ami avec tous ces gars en seulement deux semaines. C'était génial putain ! Vous imaginez ? J'étais tout jeune ! Et en plus la weed était super bonne.Quand êtes-vous retourné en Jamaïque par la suite ?Après ça, je suis retourné en Jamaïque des centaines de fois. J'ai fait des heures et des heures de vidéo. Et l'apogée de tout ça , il y a le film Dancehall Queen que j'ai réalisé avec Rick Elgood. Et j'y suis retourné il y a un petit bout de temps déjà pour travailler sur le film One Love avec Ky-Mani Marley.Vous qui avez grandi avec les artistes roots que vous venez de citer, comment avez-vous réagi à l'arrivée du dancehall ?Il ne faut pas rester bloquer dans le passé. La musique jamaïcaine évolue constamment. Parfois je suis un peu perdu c'est vrai, mais on ne peut jamais prédire ce qui va se passer et on finit toujours par trouver quelque chose qui nous plaît. Le film Dancehall Queen a capturé un moment où on est passé des technologies analogiques aux technologies digitales. Et cette période était cool avec des sons comme le Sleng Teng. Plus tard, c'est vrai que la musique est devenue trop digitale. Ils avaient oublié les sons acoustiques. C'est là que j'ai commencé à être un peu perdu, car j'aime la basse plus que tout. A partir du moment où il y avait plus de rythmes programmés et de synthétiseurs que de vrais instruments avec une bonne basse bien lourde, je n'étais plus très fan. Mais il y a toujours eu des gens qui ont gardé l'esprit roots et live vivant.A cette période, les paroles des artistes jamaïcains ont aussi beaucoup évolué vers des thématiques violentes et sexuelles. Avez-vous été perdu là-dedans aussi ?Oui c'est vrai que ça a évolué aussi de ce côté-là. Les Jamaïcains ont été influencés par la culture américaine, l'arrivée de la culture pop, du hip-hop, de MTV et toutes ces merdes. Je crois vraiment que la technologie digitale dans la façon de produire a permis cette expression plus sale. Il faut avouer qu'à cette époque, il y a aussi eu une évolution dans les drogues. Tout le monde sait de quoi je parle, pas la peine d'en dire plus. etCcedil;a a joué un rôle dans le développement du dancehall tel qu'on l'entend. Pour moi, la meilleure musique jamais créée en Jamaïque c'était avant que tout cette merde n'arrive. Mais, au milieu de tout ce bordel, il y a toujours eu des artistes qui sont revenus aux fondamentaux. On le voit aujourd'hui encore avec Chronixx. " Je ne pense pas que le mouvement punk soit mort, mais il a été absorbé par le temps et il reste accessible à ceux qui ont l'esprit ouvert. " Quand vous jouez, doit-on vous appeler DJ ou selector ?Je préfère selector.Et pouvez-vous décrire un de vos sets actuels ?Tout tourne autour de la basse. C'est l'histoire et l'héritage de la " bass culture " jamaïcaine. etCcedil;a représente un rayon plutôt large. On peut parler de dubstep, même si plus personne ne fait de dubstep aujourd'hui. Mais, la culture sound system jamaïcaine a contribué à fabriquer la musique populaire. Beaucoup d'expérimentations créées par Lee Perry et King Tubby ont eu des impacts sur la basse dans la musique. Vous croyez que ça vient d'où ? De Jamaïque. Le rap et le hip-hop, d'où croyez-vous que ça vient ? De la Jamaïque. Pour moi c'est bien plus large que le roots et je pense que mes sets reflètent ça. J'ai du respect pour le passé mais je regarde vers le futur. Je suis une passerelle vers l'histoire et l'héritage de la " bass culture " jamaïcaine.
Source : reggae.fr | 2017-03-21 01:00:00.0